jeudi 21 avril 2011

LE SURVIVANT - 21 avril 2014

Carole avait déjà quitté mon lit avant que je ne me réveille. Je ne l'ai pas entendu se lever, s'habiller et partir. Une nouvelle grasse matinée à mettre sur mon compte. Dans un coin de la pièce, elle a laissé une partie de ses affaires. Je n'avais pas tout à fait prévu de la voir emménager si vite.

J'ai sauté le petit déjeuner et j'ai rejoint Alexis pour l'inventaire du jour. Seulement pour me rendre compte qu'il avait déjà terminé. Il y a des jours où l'on se demande vraiment à quoi on sert. Il m'a lancé un sourire on ne peut plus explicite en me voyant arriver, le sourire qui veut dire "alors ?". Tout le monde est déjà au courant pour Carole et moi. Les nouvelles circulent vite. Comment pourrait-il en être autrement après tout ? Je lui ai lancé un "sans commentaires" tout aussi explicite ce qui a suffi, à ma grande surprise, à le faire taire.

C'est alors qu'une gigantesque détonation a secoué tout le camp. Une détonation suivi de cris et de jubilations. Les bazookas, évidemment. Les distractions ne sont pas vraiment légions pour les soldats et la tentation de tester leurs nouveaux joujous était trop forte. Alexis, Kader et Jonathan sur mes talons, je me suis précipité sur le chemin de ronde pour voir le résultat. Un grand trou carbonisé avec des bouts de zombies un peu partout. Joli carton. Voyant qu'ils avaient désormais un public, les soldats ont remis le couvert, visant une épave de voiture et les trois zombies rôdant autour. Un "woooosh !". Un "KABOUM !". Un deuxième carton. En explosant, la voiture a projeté un paquet de débris. L'une des portières est même venue s'écraser sur un zombie projeté au sol par l'explosion. De là où je viens, on appelle ça un combo !
Puis le capitaine Thibault est arrivé et a sonné la fin de la récréation. 

Nous avons rigolé comme des ados pendant tout le repas de midi, décortiquant l'explosion, le plaisir d'avoir vu ces zombies mordre la poussière, déchiquetés. C'est un plaisir que je partage. Peu importe que ces créatures ait autrefois été des gens, des êtres vivants avec des rêves et tout le tralala. C'est fini aujourd'hui. En un sens, Verney n'a pas tort. Nous sommes en guerre contre eux. Question de territoire, question de survie. On peut débattre moralité si on veut, mais à quoi bon ? Les zombies ne sont plus des humains. Il n'y a pas de traité de Genève à brandir dans notre situation. En renvoyer le maximum ad patrès, c'est une bonne chose. En retirer de la satisfaction, voire du plaisir, c'est un bonus. Nous avons tous vu un membre de notre famille ou un ami dévoré ou contaminé. La vengeance est justifiée, non ?

L'idée d'un enclos à bétail a fait son chemin. Babacar et Frédéric (qui a abandonné sa bibliothèque, au moins temporairement) ont passé l'après-midi à plancher dessus. Ils ont tracé un carré au sol et ont planté des piquets. 
J'ai remarqué que le petit Mohammed passe beaucoup de temps sur la tombe de son grand-père. Sa soeur est venu le chercher pour jouer, mais il l'a ignoré. Dans son regard, ce n'est déjà plus un enfant. 
Les vieux frères Bonnal m'ont filé de quoi me confectionner trois bons gros joints. Le tarif ? Trois magazines cochons que je me trimballais depuis Paris. Je me disais bien que, en cas de troc, ils auraient de la valeur. Ne jamais sous-estimer le pouvoir que des photos de femmes nues peuvent avoir sur des célibataires endurcis, quel que soit l'âge des dits célibataires.  

Après le souper, Carole est venue me rejoindre sous la douche. On a pas beaucoup parlé. J'ignore où ça va nous mener, mais pour l'instant c'est agréable, pour moi comme pour elle je suppose. C'est difficile de l'admettre pour moi, mais ça me rend toute cette situation plus ... supportable. 
Elle s'est endormie à côté de moi et elle s'est mise à ronfler. Marrant. Les ronflements me poursuivent où que j'aille. Il va falloir que nous prenions nos précautions. Hors de question que je la mette en cloque. C'est pas le bon moment.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #23 - TRON

Réalisé par Steven Lisberger - Sortie US le 9 juillet 1982.
Scénario : Steven Lisberger, d'après une histoire de Steven Lisberger & Bonnie McBird.
Musique : Wendy Carlos.
Directeur de la photographie : Bruce Logan.
Avec Jeff Bridges (Kevin Flynn / CLU), Bruce Boxleitner (Alan Bradley / TRON), David Warner (Ed Dillinger / SARK / Master Control Program), Cindy Morgan (Lora / YORI), Barnard Hughes (Dr. Walter Gibbs / DUMONT), ...
Durée : 96 mn.




Evacuons d’emblée les défauts de ce qui est avant tout un premier long-métrage (direction d’acteurs parfois hasardeuse, mise en scène figée et sautes de rythmes) pour se concentrer sur les innovations que nous apporta TRON. 
Né de l’esprit de Steven Lisberger, un jeune publicitaire, ambitieux réalisateur de plusieurs courts-métrages extrêmement visuels, féru d’animation depuis son plus jeune âge, TRON est une œuvre qui s’est nourrie de l’apport des nombreux artistes ayant participé à son élaboration mais aussi du support financier presque illimité d’un studio Disney alors en pleine crise de créativité. L’ambition qui habite TRON est triple : il s’agit de créer un univers inédit avec des technologies encore balbutiantes et ignorées du grand public, offrir un regard riche sur l’art naissant des jeux vidéos et du multimédia et, surtout, opposer à STAR WARS un concurrent innovant et rentable. Cette dernière ambition ne sera pas totalement satisfaite car, en dépit de recettes honorables, le discours et le look « ésotérique » de TRON ont eu le plus grand mal à s’adresser au plus grand nombre, bloquant l’inévitable séquelle dans les limbes pendant plus de vingt ans. En revanche, le métrage se permet d’atteindre les autres buts qu’il s’est fixé haut la main.
Engagé pour aider Lisberger à mettre ses idées en pratique, la supervision technique et créative mise en place par le vétéran Harrison Ellenshaw fut déterminante quant à la réussite visuelle que constitue TRON. Conscient de la singularité que nécessitait le monde « à l’intérieur de l’ordinateur » voulu par le scénario de Lisberger, il conseilla au réalisateur débutant d’embaucher les talents visionnaires de Syd Mead (véhicules et décors) et de Jean « Moebius » Giraud (costumes et personnages) et orienta les effets visuels vers une combinaison hybride d’images de synthèse novatrices et de techniques d’animation et de photographie plus artisanales. Entre une course de « cycles lumineux » à la fluidité de mouvement ahurissante, le voyage d’un voilier solaire à travers l’immensité du désert informatique ou encore les silhouettes géométrique et menaçantes des recognizers (les énormes vaisseaux de reconnaissance), TRON ne ressemblait alors à rien de connu.
Industrie encore jeune, les jeux vidéos sont au cœur de la thématique de TRON. Son héros, Kevin Flynn (Jeff Bridges), est autant un joueur qu’un créateur. Il est dépeint comme un esprit indépendant, génial et résolument tourné vers l’avenir. Et, en le plongeant au cœur de l’ordinateur, le scénario de TRON offre, pour la toute première fois au cinéma, une réflexion sur le rapport entre un joueur/programmeur et nos avatars virtuels. Nous avons beau être leur créateur, ces derniers ont une vie et des émotion qui leur sont propres et ils dépendent de nous autant que nous d’eux. Steven Lisberger dédouble les personnages (chacun des cinq acteurs principaux incarne à la fois un personnage « réel » et son double informatique) mais pas forcément les psychologies et, ce malgré les apparences. Moteur de l’action dans le monde réel, Flynn se retrouve bien vite à la traîne une fois passé de l’autre côté de l’écran, laissant alors à Tron (Bruce Boxleitner) se tailler la part du lion question héroïsme. Tron, dont le créateur humain Alan Bradley, n’a rien d’un meneur. Même le méchant n’échappe à cette règle. Froid et calculateur, criminel en col blanc, Dillinger (David Warner dans une double prestation délicieuse) devient sous les traits de Sark, un méchant de bande-dessinée, hargneux, colérique et sans pitié.
Cerise sur le gâteau, Steven Lisberger se permet de plaider avec une belle avance sur son temps pour la libre circulation des programmes informatiques et la toute puissance de la création et des idées en faisant de son grand méchant, le MCP, une sorte de Big Brother, un tyran obsédé par le contrôle des informations. Derrière ses ambitions commerciales, TRON affiche ses prétentions révolutionnaires avec conviction.



mercredi 20 avril 2011

LE SURVIVANT - 20 avril 2014

J'ai beau lutter, je ne retrouverai jamais mon sommeil d'avant. Les cauchemars succèdent aux cauchemars. Les moins horribles, je vais finir par les appeler des rêves. L'époque où, les yeux fermés, profondément endormi,  j'angoissais mortellement de me retrouver à poil devant tous mes collègues de travail est bel et bien révolue. En ce moment, la plupart de mes "escapades" nocturnes me ramènent à la cave de la ferme de Sandrine. Sauf que c'est moi qui me retrouve de l'autre côté de la porte cette fois, avec deux zombies enchaînés à un mur pour me tenir compagnie.
Ce sont les ronflements de stentor de mon voisin de chambrée, Jonathan, qui m'ont réveillé ce matin. Si ces ronflements continuent à gagner en intensité, il va falloir que je me trouve un nouveau pieu. Nos dortoirs sont divisés en 22 chambres de six lits superposés. Faîtes le compte. ça me laisse l'embarras du choix. 

Un autre événement a participé à mon réveil. Le départ de l'équipe du capitaine Thibault pour leur moisson de vivres et autres. Mais c'est surtout l'engueulade entre Thibault et Verney qui a retenu mon attention. Ces deux-là n'ont jamais paradé comme les meilleurs potes du régiment. Ils ont toujours eu des rapports purement formels. Là, ils sont bien partis pour se détester cordialement. Verney estime que les sorties organisées par Thibault deviennent "inutiles", qu'il y a assez de vivres pour tous et pour longtemps et que "l'objectif premier" devrait être l'éradication de la "vermine contaminée". Il y a une nation zombie là dehors et Verney veut lui déclarer la guerre, cantons par cantons, départements par départements, régions par régions. Quinze soldats contre des millions. La folie des grandeurs. Tous les soldats en question étaient là pour assister à la prise de bec. Pendant un court instant, on aurait pu croire que deux camps se formaient. Thibault a mis toute son autorité sur la table pour faire taire Verney. Puis le convoi s'est mis en route. 

J'ai trouvé une nouvelle occupation en attendant que ma blessure ne soit plus une gêne ("encore cinq jours et vous n'aurez plus besoin de porter le bras en écharpe" m'a assuré Denoy). J'aide Alexis à l'inventaire des réserves. Bouffes, munitions, essence, etc ... Je compte, j'inspecte, j'énumère. Lui, il écrit. Pas besoin d'être deux pour ça mais Alexis apprécie la compagnie et moi, ça me permet de me concentrer sur du concret, de ne penser que à ce que j'ai sous les yeux. Alexis a voulu me raconter son "histoire" (traduisez : toutes les saloperies qu'il a vu depuis le début de l'épidémie) et je l'ai tout de suite arrêté. Pas besoin de ça. Je suis ni prêtre, ni psychiatre. Je prends pas les confessions. Je lui ai demandé d'enchaîner sur les potins du camp. Mélanie et Roman se sont mis en ménage, ce qui n'a rien d'un scoop. Plus intéressant les frères Bonnal, vieillards sympathiques, ont eu la bonne idée, lorsqu'ils ont quitté leur domicile, d'embarquer avec eux une jolie dose de marijuana. Et il semblerait qu'ils ne fument pas toujours en égoïstes. Bon à savoir.

J'ai profité de la pause de midi pour apporter leur repas à nos amis Les Enchaînés, Mlle Orlando et Mr Tissier. La jeune policière est plus pâle que jamais. Mais elle tient. Vider son sac lui a sûrement fait du bien, un peu en tous cas. Elle a même esquissé un sourire en me voyant arriver et lui tendre son plateau (raviolis sauce tomate, un festin de rois dont je commence à croire qu'il est tout à fait possible de se lasser). Lorsque j'ai posé le plateau de Tissier dans la trappe prévue à cet effet et que l'ai refermée, j'ai entendu sa voix, claire et incroyablement aimable, sortir de la cellule. "Je vous remercie, Mr Barillet." A vous collet une putain de sueur froide. J'ai demandé à Orlando comment il connaissait mon nom. "Mr Tissier n'est pas qu'intelligent. Il a aussi l'ouïe fine."

Thibault et son équipe sont revenus en milieu d'après-midi. Avec un invité surprise. Un mort-vivant accroché à un essieu. Je l'ai vu surgir de sous un camion et attraper la jambe de Verney. Le sergent-chef est tombé à la renverse et le zombie a alors entrepris de lui grimper dessus pour le mordre au visage. Les deux se sont débattus un bref instant et puis le plomb a rendu son verdict. BANG ! Thibault a collé une balle dans la tête du zombie, éclaboussant le visage de Verney d'un sang noir et putride. Verney n'a pas dit merci. Il s'est levé et a foncé vers les baraquements, sans aucun doute pour prendre une douche et ruminer quelques insultes.
Outre les émotions fortes, le convoi avait d'autres surprises. Six cartons de boissons en tous genres, sodas, jus de fruits et même des bières ! Des cigarettes. Des conserves de fruits. Des pots de miel. Des céréales. Des chips. Et pour les gosses, des jouets et des bandes dessinées.
Mais ce n'est pas tout. Ils ont poussé plus loin qu'à l'accoutumé jusqu'à un avant poste de l'armée abandonné et ont ramené de jolis jouets. Six mitrailleuses lourdes avec les munitions appropriées. Trois bazookas. Deux caisses de grenades. Quelques armes de poing. Et encore plus de munitions. Thibault nous a également signé qu'ils avaient repérés quelques enclos à bétail et qu'il ramènerait de la viande fraîche à la prochaine sortie !

J'ai croisé Verney avant de rentrer pour aller me coucher. Si je vous parle d'humeur massacrante, je suis encore loin de la vérité. Il m'a bousculé au passage, cognant dans la mauvaise épaule. Sale con !

Je n'ai même pas commencé à écrire que Jonathan ronflait déjà. J'ai pris mes affaires et je me suis trouvé une chambre vide. Carole m'a vu m'installer et m'a dit qu'elle viendrait taper à ma porte un peu plus tard. Quand elle a une idée quelque part, celle là ...

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #22 - BLADE RUNNER

Réalisé par Ridley Scott - Sortie US le 25 juin 1982.
Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples, d'après le roman "Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" de Philip K. Dick.
Musique : Vangelis
Directeur de la photographie : Jordan Cronenweth.
Avec Harrison Ford (Rick Deckard), Sean Young (Rachel), Rutger Hauer (Roy Batty), Daryl Hannah (Pris), Edward James Olmos (Gaff), ...
Durée : 117 mn (montage original).




Pour sa première incursion en terre hollywoodienne, l’esthète british Ridley Scott adapta Philip K. Dick et bouleversa durablement la donne en matière de science-fiction au cinéma. Souvent galvaudé, l’expression trouve pourtant ici tout son sens : il y a un avant et un après BLADE RUNNER. Polar noir au spleen contagieux et magnifique, combiné à une réflexion sur la nature humaine, BLADE RUNNER brouille les pistes et affirme une identité visuelle hors du commun.
Attaché à l’ambiance de sa région natale (le nord industriel de l’Angleterre), Ridley Scott noie ses décors monumentaux, fourmillant de détails qu’une seule vision ne saurait appréhender, sous une pluie continue, la fumée de la pollution urbaine et une foule bigarrée, multiethnique et bruyante. Los Angeles en 2019 est une mégalopole grouillante, envahie par des publicités scandant un ailleurs (les colonies de l’espace) forcément meilleur. Les espaces ont beau être vaste, la vision du futur de Scott est étouffante, claustrophobique. Tout le contraire (en apparence du moins) du San Francisco dépeuplé et silencieux du roman de Dick. Pour autant, si ce n’est pas par la lettre, c’est par l’esprit que BLADE RUNNER rend un hommage indiscutable à l’auteur de UBIK et du DIEU VENU DU CENTAURE. Là aussi, il est question de désolation, de nostalgie, de la quête d’un « monde » meilleur et de pertes des repères. 



Qui est le héros ? Qui est le méchant ? Ce sont là des considérations dont il faut se débarrasser que l’on aborde le roman de Dick ou le film de Scott. Deckard (Harrison Ford, bien loin d’Indiana Jones ou de Han Solo) a beau porter un flingue et un badge, il n’est rien d’autre qu’un fonctionnaire esseulé dont le seul talent semble être la traque et le meurtre. Quant à Roy Beatty (Rutger Hauer et son regard bleu acier hypnotique), nexus 6 d’élite, et ses compagnons d’infortunes, tous des répliquants comme lui  (des êtres humains artificiels), les actes qu’ils commettent ne sont motivés que par la plus humaine des aspirations : rencontrer son créateur pour le supplier de les laisser vivre juste un peu plus longtemps. Que dire de Rachel également (Sean Young, fragile et belle à se damner), qui échappe au cliché de la femme fatale en abandonnant bien vite son aplomb pour se mettre à douter d’elle-même, de ses réactions et de souvenirs qui ne sont pas les siens ? BLADE RUNNER se joue des attentes du public avec intelligence, laissant même au « méchant » le soin de sauver le « héros » d’une mort certaine lors d’une confrontation finale aux enjeux incertains. Pas d’explosions, pas de retournements de situations tonitruants. C’est une audace qui fit du film une déception pour ses créanciers qui prirent le contrôle en salle de montage pour rajouter une voix off explicite et un happy-end superficiel, pour le public qui espérait un nouveau STAR WARS et pour la critique qui se divisa entre admirateurs et détracteurs reprochant au film un esthétisme qui cacherait un scénario inexistant (facile et on ne peut plus faux). 



Techniquement parlant, BLADE RUNNER n’accuse à aucun moment son âge. Les effets visuels de Douglas Trumbull sont d’une beauté irréelle et la photographie de Jordan Cronenweth, moderne et sophistiquée, continue encore aujourd’hui de faire des émules. Le score de Vangelis est lui aussi gravé dans les mémoires de générations de musicophiles. De nombreux films de science-fiction (tous ?) ont cherché à imiter BLADE RUNNER au fil des ans, lui volant ici ses voitures volantes et là ses buildings cyclopéens, n’en retenant que son esthétique pour négliger sa richesse émotionnelle et philosophique. Ridley Scott, pour sa part, a tourner le dos au futur et n’a plus jamais atteint (même s’il les a approché) de tels sommets.


mardi 19 avril 2011

LE SURVIVANT - 19 avril 2014

Mr Issane Tahiri est mort dans la nuit, ou au petit matin. D'une crise cardiaque. C'est son petit fils, Mohammed, qui l'a découvert au réveil. Avec sa soeur Jamila, ils sont désormais orphelins. Florence et Anthony Ballantini ont accepté la lourde responsabilité de s'occuper d'eux à partir de maintenant. 
Nous avons eu de la chance que la mort soit suffisamment récente : le cadavre n'était pas encore réanimé. Alexis a fait sortir les enfants et Babacar s'est "occupé" de lui d'un seul coup de hache bien placé.
C'est toujours un luxe de mourir dans son sommeil, je pense. Pas par balles ou dévoré. Je n'ai jamais parlé à Mr Tahiri. Presque personne ne lui a parlé en fait depuis son arrivée au camp. Il restait dans son coin, surveillant ses petits-enfants, fumant de temps en temps et lisant le Coran. Je l'ai vu prier à plusieurs reprises. 
Nous l'avons enterré en fin d'après-midi, au coucher du soleil. Tout les hommes du camp étaient présents, sauf Tissier bien sûr (avec Orlando, je n'ai pas pu m'empêcher de les surnommer "Les Enchaînés"). Les militaires ont reportés leur sortie habituelle à demain pour assister à la cérémonie. Il n'y avait pas de testament mais Babacar et Kader ont supposé que le vieux monsieur aurait désiré un enterrement religieux,respectueux des rites musulmans. Malgré la précipitation et les circonstances exceptionnelles, ils ont fait ce qu'il fallait, comme il fallait. Le petit Mohammed n'a pas pleuré.

Le camp a vécu toute cette journée au ralenti. Plus personne ici ne s'attendait à une morts naturelle. Combien de temps resterons-nous dans ce camp ? Un mois ? Un an ? Nous aurons bientôt une naissance. Certains parlent de créer un potager et d'aménager un enclos pour du bétail, si la nourriture venait à manquer. La civilisation reprend ses droits, en vase clos.
Nous vivons tous comme des réfugiés pour le moment. Nous laissons le capitaine Thibault et ses hommes gérer la situation pour nous et prendre les grandes décisions. Mais peut-être que cela va changer. Peut-être que quelqu'un voudra mettre en place un comité ou un truc de ce genre, s'organiser et se créer une nouvelle routine. Y aura t-il des élections ? Cette dernière pensée me fait marrer. Avec le temps, je suis certain que nous y arriverons. 

Pour ma part, je ne veux pas de cette routine là. Je veux choisir la mienne. J'ai fait savoir à Thibault que je m'entraînerais au tir dès que possible et que je les accompagnerais à l'extérieur à chacune de leurs sorties. Je ne m'engage pas vraiment dans l'armée. Ou peut-être bien que si. Je ne sais pas encore.

J'ai parlé de tout ça à Carole. Elle n'a rien répondu. Elle s'est contenté de me prendre la main et elle m'a embrassé. C'était agréable mais je ne lui ai pas rendu son baiser. Je lui ai dit que je ne pouvais pas. Et c'est vrai, je ne peux pas. Je suis mieux seul.


LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #21 - CONAN LE BARBARE

Réalisé par John Milius - Sortie US le 14 mai 1982 - Titre original : Conan The Barbarian.

Scénario : John Milius & Oliver Stone, d'après les romans de Robert E. Howard.
Musique : Basil Poledouris.
Directeur de la photographie : Duke Callaghan. 
Avec Arnold Schwarzenegger (Conan), James Earl Jones (Thulsa Doom), Sandahl Bergman (Valeria), Gerry Lopez (Subotai), Ben Davidson (Rexor), Mako (Narrateur / Le Sorcier), ...
Durée : 129 mn.



 
Adapter au cinéma les récits foisonnants, épiques et sombres du grand R.E. Howard ne fut pas chose aisée. Sous l’impulsion du nabab Dino DeLaurentiis, le réalisateur John Milius et le scénariste Oliver Stone saisirent l’opportunité qui leur fut offerte pour redéfinir durablement le visage de la Fantasy sur grand écran. Car les aventures du cimmérien taciturne n’ont rien d’une aimable plaisanterie bondissante en Technicolor. L’ambition est d’un autre ordre : créer un monde crédible, boueux, dur, sanglant, le reflet d’un passé oublié mais ô combien tangible. La fidélité à l’œuvre du texan s’affirme dans les intentions et dans le ton plutôt que par un respect aveugle du texte.
CONAN LE BARBARE, c’est avant tout l’histoire d’un self made man hors norme. Publiées au cœur de la Grande Crise des années 30, les textes de Robert E. Howard avaient connu un succès certain en narrant les aventures d’un homme qui, par la force de sa volonté et de son épée, s’extirpa de son statut de vagabond pour devenir le régent de tout un empire sans renier sa liberté et sa fougue. Transposée en plein renouveau Reaganien, Conan reste le même, ses valeurs traversant les décennies avec un certain aplomb. Milius et Stone font toutefois reposer ses motivations sur la vengeance, ce sentiment symbolisant en un sens le spectre de la défaite du Vietnam tel qu’elle était vécue au début des années 80. Dépouillé de sa famille et de son identité (l’Amérique triomphante des pionniers qu’évoquent fortement le village du jeune Conan) par un ennemi sans pitié dont l’emblème est un serpent, Conan va se forger une nouvelle identité dans le sang, se construisant une hyper-virilité, avant de revenir se venger et de décapiter l’homme-serpent pour annoncer une nouvelle ère. La quête de liberté et de richesse des années 30 se doublent donc ici d’une quête de l’identité et de la reconstruction du mythe du surhomme. La démarche peut sembler réactionnaire et un brin fascisante. Pour autant, CONAN LE BARBARE reste un film lucide et rarement optimiste.
John Milius et Oliver Stone aiment confronter les mythes à la réalité. Et la réalité, comme le suggère la citation de Nietzsche qui ouvre le film (« Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort »), s’attaque aux héros inlassablement, tentant de les abattre et les mettant à l’épreuve. Car si Conan parvient à ses fin et mène sa vengeance à son terme, Milius souligne le goût ô combien amer de cette victoire. Exsangue, séparé de ses amis et de sa compagne assassinée, Conan contemple, sans projet, la procession nocturne et funèbre des filles et des fils de Seth. Gagner, d’accord, mais à quoi bon ? Que faire ensuite ? Si le narrateur annonce une gloire à venir, celle-ci a pourtant le visage d’un Conan vieillissant, roi figé sur son trône et le regard perdu dans le vide 
Mais le lot de tout héros, s’il désire inscrire son nom dans l’Histoire, est de ne pas renoncer. Le cinéaste insiste sur la nécessité de cette souffrance à plusieurs reprises (la Roue de la Souffrance, l’arbre auquel Conan sera crucifié). Dépouillé d’un altruisme désuet et de son invulnérabilité de principe, le héros Conan est une machine à survivre dont le seul but semble être d’affronter les épreuves pour tester sa résistance, apprendre à se relever sans cesse et à encaisser. Fini l’héroïsme bon enfant, bonjour la mythologie sadomasochiste ! Mel Gibson s’en souviendra lorsqu’il passera à la réalisation les décennies suivantes (BRAVEHEART, LA PASSION DU CHRIST et APOCALYPTO emprunte à CONAN LE BARBARE bon nombre de ses thématiques) et même Peter Jackson prendra un malin plaisir à tourmenter profondément le duo Frodon/Samwise de sa trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX et à se réclamer du réalisme physique du film de Milius..
Il y a un avant et un après CONAN LE BARBARE. Par Crom, qui osera prétendre le contraire ?

De gauche à droite : Valeria la walkyrie (Sandahl Bergman), Conan le Cimmérien (Arnold Schwarzenegger) et Subotai l'Archer (Gerry Lopez), trois brigands de légende avant la bataille.




lundi 18 avril 2011

LE SURVIVANT - 18 avril 2014

Les mots qui noirciront ce soir les pages de mon journal ne seront pas les miens mais ceux d'une jeune femme, un lieutenant de police qui s'appelle Audrey Orlando. Elle nous a reçu ce matin, dans le bureau qui jouxte les trois cellules, dont l'une d'elles est occupée par Charles Tissier. Les yeux brillants d'une formidable détermination, une tasse de café déjà froid à la main, elle nous a raconté son histoire et celle de Charles Tissier. Carole a tout filmé et ce qui suit est une retranscription fidèle de TOUT ce qu'elle nous a dit.

"J'ai plus de raisons que n'importe qui ici de vouloir tuer Charles Tissier. L'envie est tenace, croyez-moi. Parce que j'ai vu les corps de ses victimes, mais pas seulement. Il ne se passe un moment sans que je veuille pénétrer dans cette cellule et assassiner ce monstre. De mes propres mains, de préférence. J'ai une vision très précise de ce que j'aimerais lui faire subir et ça ne me fait même pas peur. Je sais que je prendrais du plaisir à faire couler son sang, à le faire souffrir, à le répandre dans toute la cellule. Mais si je fais ça, alors c'est lui qui gagne. C'est exactement ce qu'il veut, mourir plutôt que de rester enfermé comme une bête.
Laissez-moi vous expliquer quelle genre de monstre est Charles Louis Tissier. Il se croit meilleur, plus intelligent que le reste de la race humaine. Il n'était qu'un simple enseignant sans éclat mais, au vu de ses capacités intellectuelles, il aurait pu diriger un ministère s'il l'avait voulu. Mais enseignant, c'était mieux pour lui. Le confort de l'anonymat, vous comprenez ? Je ne sais pas exactement combien de victimes il a à son palmarès mais les journaux comme les dossiers que nous avions sur lui sont sûrement très loin du compte. Au cours des différentes perquisitions à son domicile, nous avons trouvé parmi ses trophées un bracelet appartenant à une enfant de six ans disparue alors que Tissier ne devait pas avoir plus de 13 ans. Il a commencé tôt et il a commencé par le meurtre. Violeur et pédophile, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les petites filles, c'est juste parce qu'il y avait pris goût. C'est un tueur, purement et simplement. Un prédateur doué. Doué pour ne pas éveiller les soupçons et brouiller les pistes. Ses méthodes pour faire disparaître les corps et le rythme auquel il commettait ses meurtres ne correspondait à presque aucun profil connu. Un cas unique.
J'ai rejoint l'affaire lors de la découverte du corps d'une gamine dont le nom était Angélique Simon. Elle avait huit ans. Violée puis assassinée. Mais ça ne résume même pas tout ce qu'elle a enduré aux mains de Tissier. J'étais présente à l'autopsie. J'ai vu le médecin légiste, un grand gaillard endurci qui en avait vu de dures, pleurer en énonçant chacune des blessures, en en découvrant la cause. Moi-même, je n'ai pas dormi pendant une bonne semaine. On ne vous prépare à ça à l'école de police. Oh, non ! Quel manuel pourrait nous y préparer après tout ?
L'enquête a duré, a duré, a duré. J'avais déjà interrogé Tissier comme simple témoin et je voudrais vous dire que je l'avais trouvé louche mais non, je n'y ai vu que du feu, comme les trois psychiatres qui l'ont analysé après son arrestation d'ailleurs. A chaque disparition, à chaque cadavre, j'ai annoncé la nouvelle en personne aux parents. Je n'ai pas d'enfants mais j'ai compris ce qu'il ressentait. Il aurait fallu que je sois une salope au cœur de pierre pour ne pas que ça me déchire l'âme. Sans cette histoire de voiture volée, je crois bien que nous ne l'aurions jamais attrapé.
Mais nous l'avons attrapé. Et je suis celle qui lui a passé les menottes, non sans fierté et le sentiment que justice allait être rendu. Il m'a haï plus que n'importe qui d'autre pour ça. Il continue de me haïr pour ça. La presse a parlé de preuves accablantes. C'était mieux que ça. Il y avait les trophées, ces objets personnels récupérés sur chaque victimes, mais il y avait aussi des cadavres avec ADN et tutti quanti. Lui, il a tout nié avec un sourire. Il a d'abord parlé d'un coup monté puis son avocat nous a sorti les emplois du temps de Tissier, comme quoi les meurtres et la présence du suspect en cours à ces moments-là le disculpait. Sans parler des évaluations psychologiques qui en faisaient presque un saint. Tout ça, c'était de la merde comparé aux faits et aux preuves matérielles mais l'avocat a réussi à gagner pas mal de temps. 
Et puis, les morts ont commencé à se relever et ... bon, je vous fais pas un dessin, ça a mal tourné. La panique, les évacuations, les pillages. La fin du monde, étape par étape. On m'a assigné au maintien de l'ordre en périphérie de Rodez et, pendant ce temps-là, un transfert de tous les détenus vers un lieu plus sûr a été mis en place. L'idée du préfet était simple : au cas où la situation deviendrait totalement incontrôlable, il avait l'intention d'avoir tous les prisonniers rassemblés dans une seule et même prison, de tout boucler puis de jeter la clé dans la nature pour éviter qu'il puisse sortir un jour. Mais Tissier a profité du transfert pour se faire la belle. Il a tué deux policiers puis il est venu chez moi, en mon absence. J'avais un fiancé et une soeur, et un neveu de quatre ans. Tout le monde logeait chez moi depuis le début de l'épidémie. Il les a tous tués et m'a laissé un message. Le message disait ceci : "Voici ta récompense pour m'avoir enfermé et m'avoir humilié. C'est le prix de ma liberté. Tu peux être fier de toi, petite pute de la République." Il les a écorché vif, puis il les a ficelé et ... et puis ... il a pendu par les pieds, accrochés aux plafond. Comme il n'avait pas touché à leur tête, ils sont revenus, se tortillant et gémissant. Me forçant à les abattre Son espoir secret, je crois, c'était que je me suicide aussitôt après, que je me tire une balle dans la tête ou que je m'ouvre les veines après ça. Charles Tissier est plutôt doué aussi pour comprendre comment les gens fonctionnent et j'étais prêt de lui donner satisfaction. J'avais le canon de mon arme dans la bouche et le doigt sur la détente. Mais je ne l'ai pas fait. Je sais pas pourquoi. Au lieu de ça, j'ai pris des affaires, sans oublier mes menottes et mon calibre et je me suis lancé à sa poursuite au beau milieu de ce chaos. Avant ça, j'ai descendu les corps, je les ai recouvert d'un drap et j'ai tout brûlé. 
En le poursuivant, j'ai laissé mourir un paquet de gens, des gens que j'aurais pu sauver. Il a laissé quelques cadavres pour moi, sur le chemin. Il ne lui a pas fallu plus de 3 jours pour comprendre que j'étais à ses trousses, m'entraînant toujours plus vers le nord. Je l'ai rattrapé à 12 km de ce camp. Il voulait que je le tue. Pour me motiver, il s'est mis à me raconter par le menu tout ce qu'il a fait subir à ma famille. Mais je n'ai pas tiré. Je l'ai assommé d'un coup de crosse et je lui ai passé les menottes. Lorsqu'il a repris conscience, il s'est mis à hurler comme un enfant. C'était effrayant et pathétique à la fois. Il m'a insulté, me balançant un chapelet de saloperies innommables, me suppliant de le tuer. Comprenez bien ça, il déteste être privé de sa liberté. En prison, il aurait trouvé le moyen de se suicider si on l'avait condamné à la perpétuité. Il déteste ça, il en souffre, pire que si je lui insérais des aiguilles dans les parties génitales ou dans les yeux. C'est pour ça que je tiens à ce qu'il reste en vie, menotté comme un animal.
Nous sommes arrivés au camp. Je lui ai confectionné une jolie laisse pour le traîner jusqu'ici.
Voilà, vous savez tout. Maintenant, faîtes-moi plaisir. Ne le tuez pas. Gardez-le en vie pour qu'il profite bien de chaque instant de sa captivité. Faîtes-moi ce plaisir."

Personnellement, je suis d'accord pour respecter les volontés du lieutenant Orlando.