lundi 2 mai 2011

CRITIQUE CINE - THOR

Réalisé par Kenneth Branagh - Sortie US le 6 mai 2011.
Scénario : Ashley Miller & Zack Stentz et Don Payne, d'après une histoire de J. Michael Straczynski et Mark Protosevich, d'après le comic book de Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby.
Musique : Patrick Doyle.
Directeur de la photographie : Hans Zambarloukos.
Avec Chris Hemsworth (Thor), Natalie Portman (Jane Foster), Tom Hiddleston (Loki), Anthony Hopkins (Odin), Stellan Skarsgard (Erik Selvig), Kat Dennings (Darcy Lewis), Clark Gregg (Agent Coulson), Idris Elba (Hemdall), ...

Banni sur Terre pour avoir raviver les flammes de la guerre avec Jotunheim, royaume des géants des glaces, le valeureux Thor, fils d'Odin, ignore tout des manoeuvres mises en place par Loki, son demi-frère, pour s'emparer du trône d'Asgard. Avec l'aide d'une équipe de scientifiques, Thor se lance à la recherche de Mjolnir, son marteau sacré et source de son pouvoir, ...


C'est donc au dieu du tonnerre que revient l'honneur d'ouvrir le bal des super-héros pour l'été 2011. Sans une once de panache, mais sans trop se prendre les pieds dans le tapis non plus. Et c'est déjà pas si mal.
Projet casse gueule au possible (comment inscrire Thor , une divinité, et son entourage cosmique dans un univers cinématographique - les films produits par les studios Marvel jusqu'à présent - plutôt terre à terre ?), le métrage de Kenneth Branagh s'applique à souffler le chaud et le froid. On ne jettera pas la pierre au cinéaste shakespearien dont l'enthousiasme adolescent et la direction d'acteur soignée irriguent le film d'une belle énergie. Le problème vient autant du scénario, bordélique à souhait, que de la politique des studios Marvel qui s'échinent à faire de chacun de leurs films des "pilotes" pour le film LES VENGEURS prévu pour l'été prochain et devant rassembler Iron Man, Hulk, Captain America et Thor. Le S.H.I.E.L.D. et l'agent Coulson, rescapés des deux IRON MAN, se joingnent donc à la fête et parasite une histoire déjà bien chargée. THOR se retrouve ainsi privé d'un vrai centre émotionnel ou narratif et les méchants pourtant très réussis (Loki, parfaitement interprété par Tom Hiddleston, et les géants des glaces) voient leurs apparitions réduites au strict minimum. Quant aux scènes d'action, elles sont tout simplement anémiques. Un peu au début, un peu au milieu et pas grand chose à la fin. Pour un blockbuster, c'est un peu embarrassant.  Et Branagh a beau nous éviter les abus de shaky-cam qui polluent les films d'action hollywoodien depuis maintenant dix ans, il n'est pas non plus James Cameron et les scènes de baston sentent le boulot de seconde équipe boosté aux CGI. Autre source de déception, la musique de Patrick Doyle, d'habitude si emphatique et marquante (surtout chez Branagh d'ailleurs, remember son travail sur FRANKENSTEIN), fait ici peine à écouter. Pas de véritable thème, nada.


On sortira de la salle, consolés par deux points essentiels. Thor, incarné avec un bel aplomb et un physique de titan par Chris Hemsworth, est crédible à l'écran. Enfin, les nombreux plans larges sur la monumentale architecture d'Asgard, kitsch pour certains, ressuscitent néanmoins, l'espace de courts mais précieux instants, l'esprit des planches de Jack Kirby. Et ça, ça n'a pas de prix. 

dimanche 1 mai 2011

LE SURVIVANT - 1er Mai 2014

Je suis sorti de l'infirmerie ce matin. Une cérémonie à la mémoire des dernières victimes a eu lieu. Denoy et d'autres ont voulus que je prenne la parole pour parler de Carole, de Thibault, de Larivière et des autres. Mais j'ai refusé. D'une part, je ne suis pas doué pour les speechs. Et d'autre part, ça risquerait de contrarier Verney et je ne veux pas le contrarier. Je veux qu'il m'oublie. Le nom des morts a été gravés sur une plaque de bois fixée au mur du bâtiment D, puis Kader et Verney ont dit quelques mots. Je ne les ai pas écouté. Rien de ce qu'ils avaient à dire n'a d'importance pour moi. J'ai déjà eu "ma" cérémonie. J'ai brûlé les corps.

Un repas a suivi la cérémonie. Les Ballantini m'ont fièrement présenté leur bébé, le nouveau né auquel je ne pensais même plus. Un garçon nommé Léopold. Un beau bébé mais ... qui aurait mieux fait de ne pas venir au monde dans un monde si merdique. J'ai souvent entendu parler de la mort subite des nouveaux-nés. Franchement, c'est peut-être bien ce qu'il pourrait lui arriver de mieux de nos jours. Est-ce si monstrueux que ça de voir les choses ainsi ? A vous de me le dire. Moi, question morale, je suis en rupture de stock. 
J'ai pas beaucoup mangé. Pas faim. Pas faim du tout. En entamant un régime drastique, je me demande si je vais pouvoir accorder mon physique à mon état d'esprit. Desséché. Verney ne se méfiera pas d'un squelette dépressif. Peut-être même qu'il me prendra en pitié.

Le soleil commence à taper fort. J'ai passé l'après-midi sur le chemin de ronde. A observer les zombies. Ils ne sont de plus en plus nombreux et nous sommes de moins en moins. Inlassablement, ils se rapprochent de nos murs, attirés par l'odeur. Nous ne sommes qu'un minuscule îlot au milieu d'un ban de piranhas. Les soldats qui restent ne semblent pas pressés de faire le ménage. Ils laissent venir. Leur instinct de survie s'émousse. La lassitude s'installe.

Avant d'aller dormir, j'ai eu une longue conversation avec Carole. Je ne suis pas fou. Je sais qu'elle est morte, qu'il n'en reste que des cendres. Mais elle est pourtant là, avec moi. Elle ne me quitte plus et me conseille. Elle ressemble à tous les cadavres ambulants dehors. Sa peau grise, ses yeux couverts de cataracte, le filet de sang noir qui s'échappe de sa bouche et de ses narines ont mis un terme à sa beauté. Mais contrairement aux zombies, elle peut encore parler et sourire. Elle sait à quel moment je devrai tuer Verney et quand je serais prêt, elle me le dira.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #33 - LE RETOUR DU JEDI

Réalisé par Richard Marquand - Sortie US le 25 mai 1983 - Titre original : Return of the Jedi.
Scénario : Lawrence Kasdan & George Lucas, d'après une histoire de George Lucas.
Musique : John Williams.
Directeur de la photographie : Alan Hume et Alec Mills (non crédité).
Avec Mark Hamill (Luke Skywalker), Harrison Ford (Han Solo), Carrie Fisher (Princesse Leïa), Billy Dee Williams (Lando Calrissian), Anthony Daniels (C3-PO), Kenny Baker (R2D2), Peter Mayhew (Chewbacca), Ian McDiarmid (Empereur Palpatine), David Prowse (Darth Vader), James Earl Jones (voix de Darth Vader), ...

Après avoir sauvé Han Solo des griffes de Jabba le Forestier sur Tatooine, les rebelles élaborent un plan pour détruire la nouvelle Etoile de la Mort construite en secret par l'Empire Galactique, ...


La conclusion tant attendue de la saga la plus populaire de l'histoire du cinéma. Encore une fois, George Lucas, producteur et scénariste, prit la décision de déléguer la réalisation à un tiers, tout en supervisant le processus de très (trop ?) près. Au vétéran Irvin Kershner succéda ainsi le plus novice Richard Marquand après que les très indépendants David Lynch et Paul Verhoeven furent brièvement envisagés. En résultat une séquelle certes spectaculaire et satisfaisante, mais indéniablement inférieure à ses deux prédécesseurs.
La rumeur veut que George Lucas fut appelé de nombreuses fois à la rescousse pour remplacer Marquand derrière la caméra, ce dernier se retrouvant dépassé par l'ampleur logistique du tournage. Mais cette rumeur reste à prendre avec des pincettes. Ce qui est certain, en revanche, c'est que la production de ce RETOUR DU JEDI fut bien loin d'être un long fleuve tranquille. Bien plus chaotique en tous cas que celles de LA GUERRE DES ETOILES et de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE. Le départ inexplicable (et toujours pas vraiment expliqué à ce jour) du producteur fidèle Gary Kurtz, le divorce de George Lucas, les désaccords constants avec un Harrison Ford convaincu que Han Solo doit mourir, des effets spéciaux toujours plus ambitieux qui mettent I.L.M. sous une pression incessante, sans compter des mesures improbables et alors assez inédites pour garantir l'anonymat du tournage. On aurait pas pu rêver de pires conditions de travail.
Et à l'écran, le résultat s'en ressent. LE RETOUR DU JEDI met plus de la moitié de sa durée à décoller. En témoigne la loooongue introduction sur Tatooine dans le repaire de Jabba, festival de muppets en tous genres où le spectateur n'est tenu éveillé que par la grâce du bikini de Carrie Fisher (objet de tous les fantasmes de plusieurs millions de geek à travers le monde) et de l'attaque du Rancor, un monstre géant et baveux auquel les invités indésirables et les danseuses contrariantes sont jetés en pâture. Le tout sera conclu par une scène d'action pas vraiment convaincante à l'issue de laquelle Boba Fett, le charismatique chasseur de primes est éliminé de la façon la plus pathétique et indigne qui soit (poussé par inadvertance dans un gag burlesque pas drôle). La suite n'est guère plus enthousiasmante. Le scénario met laborieusement en place ses éléments et les dernières révélations nous sont offertes sans panache. Oui, Darth Vader est bien le père de Luke. Oui, ce dernier a une soeur jumelle qui n'est autre que Leïa. Yoda meurt et Obi Wan Kenobi s'excuse à demi-mots. 
Il faut donc attendre le dernier tiers  pour qu'enfin cette conclusion s'avère payante. A la faveur d'une course poursuite survoltée et bluffante en speeder-bikes volants au cœur d'une forêt épaisse. Mais aussi de l'entrée en scène de l'Empereur, grand méchant absolu dont l'ombre ne faisait que planer sur les volets précédents. Ian McDiarmid s'y montre brillant dans le registre de la vilainie transformant ce qui n'est qu'un vieillard encapuchonné et difforme en incarnation suprême du mal. 
Le climax qui s'en suit, trois batailles (sur Endo, dans l'espace, dans la salle du trône de l'Empereur) se déroulant simultanément par le biais d'un montage et d'un découpage virtuose, offre au fan ce qu'il était en droit d'attendre : des émotions et du très grand spectacle. Un feu d'artifice dans tous les sens du terme auquel le rythme inégal et défaillant de la première heure aura finit par rendre service, plaçant le spectateur dans l'état d'esprit idéal pour apprécier pleinement un troisième acte généreux. 




Malgré les fautes de goût toujours sujettes à débat (les Ewoks, pour ou contre ?) et un humour parfois limite (Chewbacca qui se balance d'une liane en poussant le cri de Tarzan ! What the Fuck ?), Lucas et Marquand font de ce RETOUR DU JEDI une réussite inespérée mais qui porte en elle tous ce qui fera des trois films suivants des objets de discordes entre les fans. M'est avis que tonton Lucas aurait mieux fait d'en rester là, sur cette victoire à l'arrachée.
 

LE SURVIVANT - 30 avril 2014

C'est Verney qui est en charge du camp désormais et il va me falloir attendre mon heure. Il s'est assuré que je reste à l'infirmerie pour le moment, sous sédatifs. L'infirmière Gueydan était prête à me filer des doses suffisantes pour voir la vie en rose jusqu'à la fin des temps mais le docteur Denoy est intervenu. Il est de mon côté. Je suis encore vivant, voyez-vous, alors que Verney a raconté une belle histoire à tout le camp à mon sujet. 
Mort criblé de balles. C'est ce que je devrais être à l'heure qu'il est. Et ça aurait très bien pu être le cas. Sauf que Verney a menti et que maintenant tout le monde le sait. Vraiment ?
Ce salaud a plus d'un tour dans son sac. Tout ce bruit, cette confusion, ces morts. Il a "cru" m'avoir vu mourir. Mais il s'est trompé et ce n'est pas sa faute, oh non ! Qui pourrait lui en vouloir ? 
Je ne suis pas parano. N'allez surtout pas croire ça. Verney préférerait me savoir mort. C'est un incapable. Je le sais et si je commence à la crier haut et fort, il y en a beaucoup qui me prêteront attention et qui me croiront. Et ça, ce cas de figure, il n'en veut pas. Il en a peur. Ses décisions seront contestées puis ignorées et alors il ne dirigera plus rien. Il me déteste pour ça. Il m'a détesté dès que je suis entré dans ce camp, à la première minute. 

Pour le moment, je vais le laisser faire. Il va jouer aux petits chefs. Nous allons pleurer nos morts comme il se doit. Nous allons reprendre notre routine. Se lever. Travailler. Manger. Travailler encore. Dormir. Et ainsi de suite. Je vais me faire discret. Verney aurait pu nous sauver, Carole et moi, mais il a préféré nous laisser crever sur ce parking et sauver sa peau. C'est un choix que je vais lui faire regretter amèrement, j'en fais le serment. Mais pas tout de suite. C'est lui que je vais mettre sous sédatifs. Il ne verra rien venir. 
Je ne suis plus le même. Je le sais. C'est à un meurtre que je pense jour et nuit. Un vrai meurtre, pour assouvir une vengeance. Pas juste le fantasme d'un employé frustré qui aimerait bien voir son patron tomber du toit d'un immeuble ou poussé sous une voiture. Un vrai meurtre. Mon cœur bat encore et mon cerveau tourne toujours à plein régime mais Lucas Barillet, celui qui a fui Paris, celui qui avait une vie, un travail, une famille il y a quelques mois, ce type là, ni pire ni meilleur qu'un autre, est mort sur ce parking. Il est parti en fumée.

Je suis devenu comme l'une de ces créatures à l'extérieur de nos murs. Avec une patience infinie, j'attends que ma proie se présente, qu'elle s'approche suffisamment pour que je puisse mordre, mordre et mordre encore jusqu'à la mettre en pièces.

Dès que je ferme les yeux, je vois les fantômes de tout ceux que j'ai vu mourir. Ils me sourient. Ils m'apportent leur bénédiction.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #32 - WARGAMES

Réalisé par John Badham - Sortie US le 3 juin 1983.
Scénario : Lawrence Lasker & Walter F. Parkes.
Musique : Arthur B. Rubinstein.
Directeur de la photographie : William A. Fraker.
Avec Matthew Broderick (David Lightman), Dabney Coleman (McKittrick), John Wood (Falken), Ally Sheedy (Jennifer), Barry Corbin (General Beringer), ...
Durée : 114 mn.

Adolescent passionné d'informatique, David trouve le mot de passe qui lui permet d'accéder à une nouvelle série de programmes censés être des jeux. Ce qu'il ignore, c'est qu'il s'est connecté au WOPR, un super ordinateur simulant des stratégies militaires et contrôlant la puissance de frappe nucléaire de tous les États-Unis. Et lorsque David propose une partie de "Guerre Thermonucléaire Globale" au WOPR, ce dernier entend bien la mener jusqu'au bout ...




A l'image de TRON sorti l'année précédente, WARGAMES posa un regard sérieux et visionnaire (mais aussi inquiet) sur la montée en puissance de l'informatique dans notre vie quotidienne, que ce soit dans nos foyers où dans la gestion des administrations et de l'armée.Sous la caméra du solide artisan John Badham (LA FIEVRE DU SAMEDI SOIR et une étonnante version de DRACULA avec Frank Langella), la fin du monde par le feu nucléaire prend la forme d'un gigantesque jeu vidéo disputé par deux enfants brillants (David et le super ordinateur WOPR) mais aussi terriblement immature. Sans jamais avoir recours à une diabolisation simplette des nouvelles technologies, WARGAMES est un  thriller haletant doublé d'un drame sur le passage à l'âge adulte et des désillusions qui l'accompagnent.
Pour David Lightman (excellent Matthew Broderick), hacker et no-life avant l'heure, sa mésaventure va l'amener à réaliser que son écran d'ordinateur et son génie ne peuvent pas le protéger du monde extérieur et de ses réalités. Si c'est son talent dans l'informatique qui le rend si spécial et brillant, c'est aussi sa plus grande faiblesse. Naïf, il est tout d'abord incapable de faire la différence entre l'illusion et la réalité, entre un jeu et une apocalypse programmée. C'est autre écran (de télévision cette fois-ci) qui va l'amener à réaliser sa terrible erreur, un reportage lui apprenant que ses "exploits" sur ordinateur ont bien des conséquences réelles. Obligé de quitter enfin le nid familial pour réparer ses erreurs, David va changer et sa vision du monde avec lui. Apeuré, rongé par la culpabilité, il va ensuite passer à l'action, se lançant en quête d'un mentor (le professeur Falken, ermite fataliste) et mettant son talent à profit, non plus pour jouer mais pour éduquer. A travers cet arc dramatique, John Badham met en garde contre les notions de jeu pour le jeu et de progrès pour le progrès, l'informatique sans valeurs pédagogiques, éducatives, ne pouvant alors évoluer que vers de très dangereuses chimères. 
La même idée est appliquée au WOPR, non pas simple élément technologique mais personnage à part entière. Comme le HAL-9000 de 2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE, le WOPR est une intelligence artificielle dotée d'une personnalité qui va prendre le pas sur sa programmation. Parce que le WOPR est avant tout Joshua, un enfant passionné par le jeu, fermement résolu à ne pas abandonner une partie et obsédé par les notions manichéennes de défaite et de victoire. C'est aussi un enfant abandonné par son père (le professeur Falken, encore lui) et à qui on a confié les clés de la destruction de toute vie sur Terre, ne lui laissant pour seuls gardiens que des scientifiques et des militaires incapables de s'entendre entre eux. Son adversaire, David, va devenir son éducateur. A travers la métaphore du jeu de morpion, il va assimiler l'une des plus horribles vérités : en cas de guerre, il n'y a JAMAIS de vainqueurs. Moralité, l'informatique ne peut pas se limiter à une série de O et 1 et doit évoluer vers une conscience plus adulte. Tant que ce ne sera pas le cas, il apparaît suicidaire de lui laisser le contrôle sur nos vies. 




Série B spectaculaire plus intelligente qu'elle n'en a l'air, WARGAMES est une réussite totale. Rendant modestement hommage au Kubrick de DR. FOLAMOUR et 2001, John Badham fait preuve d'une maîtrise technique à toute épreuve et soigne sa direction d'acteur. Appuyé par le score mémorable de Arthur B. Rubinstein (entre nappes synthétiques et rollercoaster symphonique) et un montage au cordeau, il parvient même à faire exister une romance très crédible et touchante (parce que jamais surjouée) entre Matthew Broderick er la craquante Ally Sheedy. Dans ce projet qui n'était pas le sien (il a remplacé Philip Kaufman au pied levé), John Badham y a également trouvé matière à inaugurer une trilogie de techno-blockbusters (si quelqu'un a un terme plus adéquat je suis preneur) qu'il poursuivra avec le policier TONNERRE DE FEU et conclura avec la comédie SHORT CIRCUIT.

vendredi 29 avril 2011

LE SURVIVANT - 29 avril 2014

Carole est morte dans le courant de la nuit. Elle est morte dans mes bras. C'est ce coup de rangers dans les côtes qui est le principal responsable. Poumon perforé. Sa respiration est devenue de plus en plus difficile, horriblement sifflante. Son visage est devenu tout bleu, un bleu très pâle, ses lèvres violacées. Elle s'est asphyxiée, lentement, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien d'autre à faire.
Nous étions nous vraiment aimés ? Est-ce que c'était juste pour combattre la solitude ?

Elle est morte les yeux ouverts. Je les ai refermé aussi délicatement que possible. Puis, j'ai attendu.

Elle a rouvert les yeux, finalement. Et j'ai encore attendu.

Elle a fixé son regard, un mélange d'avidité, de curiosité et de mort, sur le mien. J'ai pleuré et là j'ai compris que je l'avais vraiment aimé. Alors, j'ai ôté la sécurité sur mon arme. Et j'ai encore attendu.

Elle a voulu se relever. J'ai levé mon arme. J'ai visé. 

J'ai pressé la détente.

Il restait encore de l'eau dans ma bouteille. Je m'en suis servi pour lui nettoyer le visage du mieux que j'ai pu.
Je suis retourné au parking et aux camions abandonnés. J'ai brûlé son corps avec ceux de mes compagnons morts, assassinés, hier.

Le capitaine Thibault.
Le caporal Larivière.
Jonathan Salers.
Le soldat Pinal.
Le soldat Duroche.
Le soldat Moreau.
Il y avait des zombies. Des tas. J'en ai tué autant que j'avais de balles dans mon chargeur.

Puis j'ai repris la direction du camp. J'y suis parvenu à la tombée de la nuit. Le soldat Deschain, inlassable sentinelle, m'a vu et a fait ouvrir les grilles.

Quel visage ai-je pu présenter à la quinzaine de personnes qui se sont pressés autour de moi ?

"Verney nous a dit qu'il t'avait vu mourir."

Mais je ne suis pas mort. Non. J'ai survécu.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #31 - L'ETOFFE DES HEROS

Réalisé par Philip Kaufman - Sortie US le 21 octobre 1983 - Titre original : The Right Stuff.
Scénario : Philip Kaufman, d'après le livre de Tom Wolfe.
Musique : Bill Conti.
Directeur de la photographie : Caleb Deschanel.
Avec Sam Shepard (Chuck Yeager), Scott Glenn (Alan Shepard), Ed Harris (John Glenn), Dennis Quaid (Gordon "Gordo" Cooper), Fred Ward (Gus Grissom), Barbara Hershey (Glennis Yeager), ...
Durée : 193 mn.
De 1947 à 1963, les exploits en parallèle de Chuck Yeager, premier pilote à briser le mur du son, et des 7 astronautes du programme spatial Mercury, avides de vitesse et de gloire, ...




Un homme, un vrai, c'est quoi ? C'est à cette question, obsession purement machiste diront certains, que tente de répondre avec aplomb le cinéaste Philip Kaufman à travers ce classique du cinéma américain. Héritier direct du western façon John Ford, L'ETOFFE DES HEROS substitue à la conquête de l'Ouest la conquête de l'Espace en pleine Guerre Froide. Quoi de plus pertinent, en effet, que de s'interroger sur la nature du mâle à travers le prisme de ce qui fut une incessante course aux exploits tant humains que technologiques et scientifiques ? Sur une période d'un peu plus de quinze ans, le cinéaste décrit avec un mélange de fascination et d'ironie comment les Etats-Unis, un pays qui n'a jamais vraiment su discerner la frontière entre réalité et fiction, n'a cessé de vouloir se forger des héros, certains éphémères, d'autres immortels.
Le scénario, dans un jeu de va et vient, oppose le parcours solitaire de Chuck Yeager à celui, collectif et ultra-médiatique, des astronautes du programme que la toute jeune NASA baptisa Mercury. Le premier constitue le centre spirituel, mystique même, de l'histoire. Les autres symbolisent un courage, certes totalement authentique, mais qui tend à se disperser dans des ambitions superficielles et égocentriques (le terrifiant malaise conjugal lors de "l'échec" de l'astronaute Gus Grissom, miné par l'amertume de sa femme qui se lamente de n'avoir pas pu rencontrer Jackie Kennedy est un exemple parmi tant d'autres). Philip Kaufman ne manque pas une seule occasion de démontrer l'immaturité totale de ces hommes (le regard que les femmes portent sur eux est incroyablement révélateur) qui rêvent de gloire en bombant le torse, conscient qu'ils ne sont que le jouet d'hommes politiques ridicules (le film dresse un portrait vraiment peu flatteur de Lyndon B. Johnson, vice président de John F. Kennedy, ce en quoi l'Histoire ne saurait lui donner tort d'ailleurs) mais bien décidé à savourer chaque minute de leur gloire nouvellement acquise. De leur mise en condition physique, aux premiers voyages en orbite terrestre, et en passant par les tests (spectaculairement foireux) des fusées de la NASA, c'est un humour corrosif qui irrigue chacune de ces séquences. En clair, le programme Mercury, aussi spectaculaire et audacieux qu'il puisse nous apparaître, ne fut rien d'autre qu'une grande parade avec fanfare mené par une bande de pieds nickelés.
A contrario, et bien qu'infiniment plus modeste en apparence (les médias se sont vite lassés de lui), les exploits accomplis par Yeager (idéalement interprété par le supra-viril Sam Shepard) ont une résonance bien plus profonde. Ce n'est pas l'envie de se faire mousser ou de prouver qu'il en a dans le pantalon qui pousse Yeager à fendre les airs à bord d'avions supersoniques expérimentaux, mais la quête d'un absolu, d'un "démon" vivant caché dans les cieux (Dieu ?). Yeager n'a pas plus peur de la mort (un vieil homme au teint pâle et qui n'a même pas besoin de parler pour faire comprendre aux épouses de pilote qu'elles sont désormais des veuves) que d'échouer face aux caméras du monde entier ou encore de perdre son job au profit de chimpanzés grimaçants. L'homme, le vrai, c'est lui. 


Drôle, spectaculaire, épique, interprété à la perfection (Dennis Quaid, Ed Harris, Scott Glenn et Fred Ward y imprimèrent définitivement leur image de tough guys aux trognes inoubliables), L'ETOFFE DES HEROS est un biopic à nul autre pareil, véloce comme un avion de chasse et envoûtant comme le derrière bombé d'une déesse playboy des sixties. Mille fois copié, jamais égalé !