jeudi 28 avril 2011

LE SURVIVANT - 28 avril 2014

Ce n'est pas parce que l'on passe son temps à envisager le pire que l'on se retrouve moins surpris lorsque celui-ci arrive. Les évènements de ces douze dernières heures, un cauchemar dont j'espère encore pouvoir me réveiller, sont venus me le rappeler. 
Le camp s'est réveillé bien plus tôt prévu. Mais c'était pour une bonne cause, après tout. Florence Ballantini, enceinte jusqu'aux yeux, a perdu les eaux un peu avant l'aube et les premières contractions ont suivi aussitôt. Nous l'avons laissé aux bons soins du docteur Denoy et de son infirmière et avons quitté le camp à l'heure prévue, en nous promettant de ne pas tarder pour revenir au plus vite afin de fêter cette naissance. Je ne suis toujours pas impatient d'être réveillé en pleine nuit par les pleurs d'un enfant en bas âge, mais une naissance reste une bonne nouvelle. Par les temps qui courent, c'est mieux qu'un coup de pied au cul.

J"aimerais pouvoir dire que nous sommes tous revenus pour admirer le nouveau né et lever nos verres à la santé des heureux parents. Mais ce serait vous mentir.
Le blindé et les deux camions (un camion supplémentaire pour le bétail,), ont franchis les grilles du camp en direction de la fumée noire, toujours aussi visible malgré une matinée brumeuse. Thibault, le caporal Salia et le soldat Pinal dans le blindé (en tête), le sergent-chef Verney et les soldats Duroche et Moreau dans le premier camion (milieu du convoi) et le caporal Larivière, notre chaperon, avec Jonathan, Carole et moi-même dans le deuxième camion (en queue de convoi). Tous armés, organisés, préparés. 
La fumée noire provenait d'une gigantesque pile de pneus à laquelle avait été ajoutées quelques palettes de bois pour faire bonne mesure, sur un parking quasiment désert. Il n'y avait qu'une dizaine de zombies dans les parages, six voitures abandonnées et rien d'autres. Plus aucune voiture n'avait ses pneus. Une caravane blanche était rattachée à l'une de ces voitures. Sur le flanc de la caravane avait été peint en grandes lettres vertes le message suivant : SURVIVANTS ! NOUS AVONS FAIM ! AIDEZ NOUS ! La première chose que je me suis dit, c'est que les occupants du véhicule, en fuite comme tant d'autres, avait fini par échouer ici, à court d'essence, et qu'ils avaient allumés ce feu pour attirer un éventuel bon samaritain. Sur ce dernier point, je ne me suis pas trompé au moins. Pour le reste, c'était un piège et nous sommes tombés dans le panneau si facilement. 
Pour éviter de rameuter d'autres cadavres ambulants, le capitaine Thibault et le soldat Pinal sont descendus du blindé pour examiner la caravane. Fusil au poing, Thibault est resté en retrait, couvrant Pinal depuis l'avant du blindé. Je ne peux pas m'ôter de l'esprit le silence absolu de ces quelques instants. Le calme avant la tempête. Pinal a frappé à la porte du caravane. Il s'est identifié et a demandé aux occupants de sortir, promettant sécurité, hébergement et nourriture. Personne n'a répondu. Il a saisi la poignée et ouvert la porte. Tout s'est passé très vite ensuite. Un zombie lui est tombé dessus, suivi de deux autres. Il n'a même pas eu le temps de vider un chargeur ou de crier. La mâchoire pourrie du mort-vivant s'est refermée sur sa gorge, et une autre est venue lui prendre son oreille. Thibault a ouvert le feu immédiatement, tuant sans attendre les trois zombies sur le point de festoyer. Pinal était agonisant, bientôt mort, bientôt zombie. Thibault s'est approché et l'a achevé pour couper court au processus. 
C'est alors que le vrai merdier s'est abattu sur nous. Des rafales de mitrailleuses, venant de tous les côtés. Ne nous laissant pas la moindre chance de nous défendre. Thibault s'est effondré, touché à de multiples reprises, baignant dans son propre sang. Insensible aux tirs, le blindé a démarré, tentant dans sa manœuvre d'apporter à nos camions un semblant de couverture mais bien trop tard. Dans le camion devant nous, Duroche et Moreau, criblés de balles, se sont effondrés sous une pluie de verre. Verney s'est extirpé de la cabine, tirant pour se protéger du mieux possible. Une balle lui a traversé le mollet, le clouant  au sol. Puis ce fut notre tour. Le caporal Larivière a engagé la marche arrière. Sa tête a explosé sous l'impact du feu nourri, nous éclaboussant de sang, d'os et de cervelles. Jonathan a ouvert la porte, tirant Carole avec lui en se jetant à terre. Dans le vacarme, il m'a crié quelque chose, difficile de dire quoi. Sûrement de le suivre. Je me suis jeté à mon tour hors du camion, des éclats de verre me lacérant les mains et le visage. J'ai atterri sur mon cul, laissant mon arme sur le siège du passager. Jonathan s'était déjà relevé pour riposter, mais pas pour longtemps. Il est mort à son tour, fauché par une nouvelle rafale. Carole était toujours au sol, aussi pétrifiée que moi. J'ai juste eu le réflexe de me saisir de l'arme de Jonathan. J'ai pris la main de Carole et nous nous sommes glissés sous le camion. Puis j'ai vu Verney se traîner jusqu'au blindé. La trappe latérale s'est ouverte et une main est venu l'aider à se hisser à bord mais pas avant qu'une autre balle ne vienne lui fracasser le poignet. Je l'ai entendu crier. Il s'est retourné vers moi. Nos regards se sont croisés. Puis il a disparu à l'intérieur du blindé et la trappe s'est refermé. Ils ont démarré en trombe, nous abandonnant. Carole a hurlé mais ça n'a rien changé. Les tirs se sont poursuivis quelques instants, arrosant le blindé, ricochant sur ses parois dans un festival d'étincelles. Le blindé s'est éloigné et à finit par disparaître. Les tirs se sont arrêtés aussi vite qu'ils avaient débuté. Nous étions seuls à présent. Seuls sous ce putain de camion. Seuls pendant ce qui m'a paru être une éternité.
Des rires se sont alors fait entendre. Trois individus au crâne rasé sont sortis de leurs cachettes respectives, lourdement armés. Ils ne nous avaient heureusement pas encore vus, pensais-je. Et dans le chaos de la fusillade, les cris de Carole avaient dû passer inaperçus. Je l'espérais sincèrement. Une fois de plus j'avais tort. "Sortez de là-dessous mes mignons ! On sait que vous êtes là ! Vos enculés de petits copains vous ont laissé crever comme des chiens ! Lâchez vos armes, sortez et on ne vous fera rien ! Promis !" Impossible de croire ces fils de putes. Nous n'avons pas bougés. Et ils ont à nouveau ouvert le feu, pour nous déloger. Les tirs ont percé le réservoir. En quelques secondes, nous baignions dans l'essence. "Dernier avertissement mes jolis ! Sortez ou on vous fait cramer les fesses !" Nous nous sommes traîner de dessous le camion. L'un des membres du trio a tiré dans les morts-vivants qui commençaient à s'approcher un peu trop. Un autre, le chef sans doute, est venu vers moi. "Bon chienchien." Et puis un grand coup de crosse dans la gueule. J'ai entendu Carole crier puis plus rien, le noir complet.

Pendant combien de temps ? Quelques heures, au moins. 

Ils nous avaient traînés dans un sous-bois.

Ce sont les hurlements de Carole qui m'ont réveillés. Mais pas seulement. Il y avait aussi ce liquide chaud et puant qui m'aspergeait le visage, brûlant chacune de mes nombreuses plaies. L'enfoiré qui m'avait envoyé au tapis me pissait dessus. Les deux autres s'occupaient de Carole. L'un la tenait. L'autre la violait à même le sol. Ils souriaient tous les trois. Comme de gros connards dégénérés. La vessie soulagée, le chef a remonté sa braguette et s'est dirigé vers Carole. Il lui a décoché un grand coup de pied dans les côtes. Je les ai entendu craquer. D'autres hurlements. D'autres rires gras. 
J'étais assis, appuyé contre un tronc d'arbre, les mains et les chevilles liés. Mon seul avantage, c'est que mes mains n'étaient pas dans mon dos mais devant moi. Il y avait ce stylo dans ma poche, mon vieux stylo plume avec lequel j'ai noirci pas mal de pages. Trop occupés à "s'amuser" avec Carole, ils ne m'ont pas vu le prendre, dévisser le bouchon et le cacher dans la paume de mes mains. Et puis le chef s'est à nouveau approché. Très très près. Une haleine de chiotte, mélange de bières bon marché et de tabac froid. Je n'ai pas hésité. Pas le choix. Je lui planté mon stylo dans l'œil, l'enfonçant le plus loin possible, le tournant brutalement dans la plaie béante d'un coup de poignet. Ce porc s'est effondré. Il avait une arme à la main. Mon arme. J'ai lâché le stylo, j'ai récupéré l'arme et j'ai ouvert le feu. Je les ai tué tous les deux. L'un des deux avait ouvert pour la bouche pour dire quelque chose. "On voulait seulement ...". Il n'a pas eu le temps de terminer.
Carole s'est relevée, péniblement et s'est rhabillée. Elle est venu me détacher. Puis elle s'est effondré dans mes bras, pleurant à s'en faire exploser le cœur. Il y avait des traces de chaussures sur ses doigts enflés. Ils en avaient quelques uns. Probablement leur concept des préliminaires. Et les zombies se sont pointés. Attirés par les cris, les coups de feu et la viande encore fumante gisant à terre. Nous avons fui et les avons laissé manger en paix. Ils nous ont à peine remarqué et ils ne nous ont pas suivi.

Nous sommes retournés sur le parking. Les deux camions à l'arrêt étaient encore là, le notre dans une grande flaque d'essence. Le feu qui nous avait attiré ici en premier lieu avait été éteint. Les cadavres laissés là. 
Nous avons récupérés nos sacs, bien plus légers que lors de notre départ ce matin. J'ai essayé de faire démarrer l'autre camion, mais en vain. Le moteur n'a pas été épargné par la fusillade. Ce n'était pas les véhicules qu'ils voulaient. Ils ont pris nos armes, les quelques médicaments que nous transportions (pour les premiers soins) et notre eau.

Nous avons trouvé un abri pour passer la nuit, des toilettes publiques sur le bord de la route. Mieux que rien. Carole est dans un sale état mais je ne suis pas médecin. Nous rentrerons au camp demain, si nous y arrivons. Et Denoy pourra la soigner. Après ça, j'irais trouver Verney et je le tuerais.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #30 - BRISBY ET LE SECRET DE NIMH

Réalisé par Don Bluth - Sortie US le 2 juillet 1982 - Titre original : The Secret of NIMH.
Scénario : Don Bluth & John Pomeroy & Gary Goldman & Will Finn, d'après le roman de Robert C. O'Brien "Mrs Frisby & the Rats of NIMH".
Musique : Jerry Goldsmith.
Avec les voix (VO) de Sir Derek Jacobi (Nicodemus), Elizabeth Hartman (Mrs Brisby), Arthur Malet (Mr Ages), Dom DeLuise (Jeremy), Hermione Baddeley (Auntie Shrew), Shannen Doherty (Teresa), Wil Wheaton (Martin), ...
Durée : 82 mn.
Veuve depuis peu, Mrs Brisby est une souris qui vit avec ses enfants dans un bloc de ciment au mileu du champ d'une famille de fermiers. Inquiète pour la santé de l'un de ses fils et menacée de devoir fuir face au tracteur qui menace de détruire son logement, elle part demander l'aide des rats qui vivent dans le rosier et de leur dirigeant, le vieux sage Nicodemus, ...



BRISBY & LE SECRET DE NIMH est né de l'ambition d'une poignée d'animateurs ambitieux ayant quitté le giron de Disney, soucieux de rendre à l'animation américaine ses lettres de noblesse. C'est précisément à cette époque (fin des années 70, début des années 80) que la production de la firme à la souris, en pleine crise créative, commence à marquer le pas, incapable de se renouveler (BERNARD & BIANCA et ROX & ROUKY sont les grandes productions de cette période, c'est dire que la périodes des classiques est déjà loin). Distribué par la MGM, BRISBY ... devient donc le premier long-métrage de la compagnie Don Bluth Productions et, malgré son statut évident de film d'animation grand public (animaux héroïques, chanson - un peu - mielleuse et humour bon enfant), il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'un classique instantané. 
Eu égard au budget investi (largement inférieur à n'importe quelle production Disney), BRISBY & LE SECRET DE NIMH est d'une richesse visuelle hallucinante. Empruntant ses ambiances à une imagerie fantasy qui évoque tout autant le BLANCHE NEIGE ET LES SEPT NAINS de Walt Disney que les planches d'Alan Lee et de John Howe pour LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, le métrage de Don Bluth joue la carte de l'opulence et du détail, jamais alourdi grâce à une animation fluide et dynamique. L'impression d'un danger constant est parfaitement soulignée par les différents environnements que l'héroïne, la courageuse Mrs Brisby, traverse au cours de son périple pour mettre sa famille à l'abri. Le repaire grouillant d'insectes du vieux Hibou, la cité souterraine et gothique des rats, la demeure poussiéreuse des fermiers ou encore des champs aussi vastes, sombres et touffus que la forêt de Mirkwood dans BILBO LE HOBBIT. Toujours dans le même esprit, de nombreux personnages font leur entrée en scène de la manière la plus inquiétante qui soit. Le vieux Hibou écrase une araignée de ses serres puissantes avant de faire pivoter sa tête dans un craquement horrible, le vaillant Justin (le sosie d'Errol Flynn version rongeur) se glisse silencieusement derrière une insouciante Mrs Brisby, la suivant telle une ombre à la manière d'un Michael Myers, et le vieux Nicodemus déchaîne un torrent de lumières spectrales en invitant la même Mrs Brisby à pénétrer dans son antre. On le voit bien, amoureux d'un cinéma fantastique à l'ancienne, de science-fiction littéraire (l'ombre de Jules Verne et Ray Bradbury planent sur de nombreuses séquences, notamment le flash-back cauchemardesque où l"origine de l'intelligence supérieure des rats nous est révélée) et de dark fantasy, Don Bluth n'hésite pas un seul instant à faire dériver son conte pour enfants vers les rives de l'épouvante gothique, quitte à effrayer les plus jeunes enfants. Cette valse d'influences et d'ambitions formelles culminent dans un climax apocalyptique où se succèdent luttes de pouvoir, trahisons, duel à l'épée, morts violentes, prophéties et suspense insoutenable (le domicile de Mrs Brisby qui s'enfoncent lentement dans la boue, noyant peu à peu sa famille).
Cette débauche visuelle ne serait bien sûr pas grand chose sans une narration solide et une histoire qui se tient. Si l'on met de côté les pitreries attachantes mais parfois hors-sujet de Jeremy, le corbeau maladroit et bavard, BRISBY & LE SECRET DE NIMH ne manque pas de cœur et de potentiel dramatique. Englobant le combat d'une veuve pour protéger les siens et l'exode planifié d'une colonie de rats dont l'intelligence est tout autant un don qu'une malédiction, le scénario, bien écrit et palpitant, a le mérite de ne pas prendre le public pour des idiots et de présenter un ensemble de personnages consistants. Mention spéciale à Jenner, fourbe politicien meurtrier, et à Dragon, chat teigneux aux instincts de prédateurs aiguisés et à mille lieux des félins maladroits dont les cartoons sont pourtant si friands. 



Victime d'une promotion quasi-inexistante et d'une distribution expéditive et mal pensée, le joyau de Don Bluth fut pourtant un échec cuisant qui faillit mettre un terme aux activités de Don Bluth et de ses complices Gary Goldman et John Pomeroy. Il faudra l'appui d'un certain Steven Spielberg pour qu'ils reviennent sur le devant de la scène quatre ans plus tard à l'occasion de FIEVEL ET LE NOUVEAU MONDE, une autre histoire de souris.

mercredi 27 avril 2011

LE SURVIVANT - 27 avril 2014

Carole refuse de quitter le camp, avec moi ou avec qui que ce soit d'autre. Je me suis donc résolu à attendre. A attendre et à faire ma part pour aider. Je ne sais pas si elle changera d'avis. Je commence à bien la connaître et je ne pense pas que ce sera jamais le cas. Sur ce pont, nous sommes très différent. Je suis capable de changer d'avis plusieurs fois par jour. Le résultat d'un cerveau qui ne se met jamais en veille, je suppose. Non pas que cela fasse de moi quelqu'un de très intelligent. Non. Je laisse le génie à d'autres. Mon truc à moi, c'est d'angoisser non stop, de repenser et de reconsidérer chacune de mes décisions passées, présentes et à venir. J'envisage en permanence les pires scénarios. Ce qui m'encourage à rester toujours prudent. Et, parfois, seulement parfois, à être un lâche. Lorsque cette lâcheté occasionnelle refait surface et tente de me faire plier sous le poids des remords, c'est là que je me souviens que je suis toujours en vie. A ce moment là, les remords ne servent plus à rien.

L'expédition pour récupérer le bétail a été reportée à demain. Thibault compte nous embarquer dans le camion, Carole, Jonathan et moi, mais pas sans une autre journée d'entraînement. Il nous a vu à l'œuvre et il sait que nous ne sommes plus des manchots avec une gâchette. Cependant ... mieux vaut en être certain. A cet effet, l'épreuve de ce matin nous a causé quelques belle frayeurs. Trois heures à l'extérieur du camp, trois chargeurs chacun, rester ensemble et en mouvement constant. Pour toute sécurité, le caporal Larivière assurait nos arrières depuis la tour de guet en qualité de sniper. Je suis fier de dire qu'il n'a pas eu à gâcher la moindre cartouche pour nous sauver la peau. Je suis toujours le moins doué des trois puisque, au contraire, de Carole et Jonathan, j'ai raté une de mes cibles, un cadavre un poil plus vif que la moyenne, à deux reprises. La première balle lui a arraché un doigt et la deuxième a perforé son sternum. Mais je n'ai pas paniqué. J'ai laissé venir, j'ai sorti mon couteau et je le lui ai planté dans le crâne aussi vivement que possible. Il s'est écrasé au sol aussitôt. Aucun de mes coéquipiers n'a eu à tirer pour me couvrir. Rapide et efficace. J'ai retenu ma leçon. Nous avons fait deux fois le tour du camp en décrivant le cercle le plus large possible. Ces salopards de zombies sont de plus en plus nombreux et ceux qui marchent ne sont pas les plus dangereux. C'est de ceux qui rampent qu'il faut se méfier à tout prix. Nous nous sommes fait surprendre une bonne dizaine de fois avant que l'un d'entre nous ne prennent le réflexe de garder le regard braqué vers le sol. 

Après un bref repas, nous avons continué à préparer notre petite ballade de demain tout l'après-midi. Vérification et nettoyage des armes. Test concluant des rampes artisanales (fabriquées par Morrison et Babacar) pour pouvoir embarquer le bétail dans les camions. On a rien laissé au hasard. La totale !
Au coucher du soleil, un imprévu est venu se rajouter au programme. Une épaisse colonne de fumée noire, parfaitement visible et distante de cinq ou six kilomètres, s'est élevée depuis le sud ouest. Orlando ? Possible. Quoi qu'il en soit, nous ferons un crochet pour aller vérifier. Ce n'est pas sur notre chemin mais en partant un peu plus tôt nous pourrons tenir notre emploi du temps.
Avant d'aller me coucher, j'ai fait un petit tour au bar des deux Christophe. J'y ai croisé Verney et son fan club au complet. Il a cru bon de me glisser un avertissement à l'oreille, un  petit conseil d'ami. "Vous vous débrouillez pas mal, mais dehors, comptez pas sur moi pour que je risque ma vie en te protégeant toi ou le charmant petit cul de ta copine. Compris ?" J'ai compris, dugland.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #29 - CREEPSHOW

Réalisé par George A. Romero - Sortie US le 12 novembre 1982.
Scénario : Stephen King.
Musique : John Harrison.
Directeur de la photographie : Michael Gornick.
Avec Hal Holbrook (Henry Northrup), Adrienne Barbeau (Wilma Northrup), Leslie Nielsen (Richard Vickers), E.G. Marshall (Upson Pratt), Viveca Lindfors (Aunt Bedelia), Ed Harris (Hank Blaine), Ted Danson (Harry Wentworth), Stephen King (Jordy Verrill), ...
Durée : 120 mn.
Cinq contes horrifiques. 
Le patriarche autoritaire d'une famille d'aristocrates sort de sa tombe pour réclamer son gâteau de fête des pères ...
Un mari jaloux et psychopathe exerce une terrible vengeance sur sa femme et l'amant de celle-ci, ...
Un fermier simple d'esprit est contaminé par un parasite végétal échappé d'une météorite tombée dans son jardin, ...
Un professeur d'université frustré voit dans une créature vorace enfermé dans une caisse mystérieuse l'opportunité de se débarrasser de sa mégère de femme, ...
Un vieux milliardaire reclus dans son appartement et maniaque de la propreté développe une psychose des cafards, ...
Le film à sketch est un exercice délicat, rarement pratiqué au cinéma, américain ou non. Et pour cause. Les risques de se planter et de ne pas maintenir l'intérêt du public sur toute la durée (manque de cohérence, inégalité dans la qualité des histoires, rythmes narratifs trop variés) sont énormes. Né de l'association entre Stephen King et George A. Romero et hommage vibrant aux E.C. Comics (bandes dessinées horrifiques des années 50 er 60 compilant de courtes histoires aussi violentes que drôlement cruelles dans leurs dénouements), CREEPSHOW est probablement l'une des rares réussites incontestables du genre. 
Ecrivain aussi doué dans l'art du roman fleuve que de la nouvelle, Stephen King offre ici à George A. Romero un matériau de très haute volé. Tout en délivrant aux amoureux de péloches horrifiques ce qu'ils sont en droit d'attendre (morts-vivants revanchards en tous genres, monstre à la mâchoire béante et aux griffes acérées, virus extra-terrestre pas piqué des hannetons, insectes grouillants et mutilations diverses), King offre une vision extrêmement misanthrope de la race humaine en général et de la société américaine en particulier. Dépourvu du moindre héros, chaque histoire de CREEPSHOW s'amuse avec une férocité toute juvénile à tirer à boulets rouges sur tous les travers d'un monde obsédé par le fric, la réussite et le pouvoir. Jalousie, cruauté, lâcheté, bêtise, mensonge, culpabilité, j'en passe et des meilleures. Tous les personnages de CREEPSHOW, sans la moindre exception, exhibent une immoralité constante et grinçante et qui, pourtant, ne semble jamais bien loin de la vérité. Sous la (fausse) caricature, Stephen King ne cesse de surprendre par l'acuité avec laquelle il dépeint les comportements les moins admirables de ses contemporains. La capacité à faire et à répandre le mal n'épargne aucune classe sociale (du plus humble des paysans au multi-millionnaire en passant par les classes moyennes et la vieille bourgeoisie), pas plus qu'elle n'est le privilège des hommes (Adrienne Barbeau, notamment, campe un personnage de garce d'anthologie) ou des grandes personnes (dans un épilogue, un enfant se venge de son père de la plus horrible des façons, simplement par caprice). 
Une vision d'une telle noirceur ne passerait sans doute pas aussi bien sans le contrepoint idéal fourni par la réalisation énergique, colorée et respectueuse des codes du genre de George A. Romero. Habitué de la satire social et politique, le réalisateur de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS et ZOMBIE n'adoucit en rien le propos nihiliste de son scénariste (c'est gore, c'est noir, c'est politiquement incorrect et ... c'est tant mieux !) mais il l'exprime sous une forme séduisante de grand cinéma populaire. Les histoires s'enchaînent sans répit via d'admirables transitions animées et la direction d'acteurs brillante laisse le soin à un casting impressionnant (dont Leslie Nielsen, vraiment inquiétant dans l'un de ses derniers rôles "sérieux" avant deux décennies de parodies) de cabotiner avec talent. CREEPSHOW ne laisse pas le temps au spectateur de réfléchir, l'invitant à profiter d'un grand huit macabre de très haute volée. 



Œuvre culte pour de nombreux cinéphile en manque de pellicules décomplexées, hargneuses et n'ayant pas d'autre prétention que l'envie de divertir et de faire frissonner, CREEPSHOW supporte admirablement le poids des ans, surtout en comparaison de ses deux suites carrément faiblardes. Quant aux très populaires CONTES DE LA CRYPTE, ils n'auraient sans doute jamais vus le jour sans l'impulsion offerte par le succès de CREEPSHOW. Il n'est pas tout à fait inutile de le rappeler ... 

mardi 26 avril 2011

LE SURVIVANT - 26 avril 2014

L'entraînement au tir a repris aujourd'hui. Pas comme si rien ne s'était passé, mais pas loin. Démontage des armes, nettoyage, remontage. Tir sur cible classique suivi d'un exercice en situation réelle. Carole a insisté pour prendre la place laissée vacante par Roman. Je ne m'y suis pas opposé, au contraire du sergent-chef Verney et des soldats Duroche, Péan et Burdeau. Ils ont protesté vivement, tentant d'enrober leur point de vue sexiste et archaïque derrière un "bon sens" qui ne tient pas debout.Thibault et le caporal Larivière ont eu le dernier mot, heureusement. Il faut en profiter, je ne pense pas que ce sera toujours le cas. 
Sans aller jusqu'à parler d'un don, Carole sait se servir d'une arme à feu comme peu de gens ici. Je continue de m'améliorer mais je n'aurais jamais ses aptitudes. 

Le repas de midi est sur le point de devenir une routine de plus en plus déprimante. Chaque petit groupe reste dans son coin. Personne ne se parle ou ne se regarde dans les yeux. J'ai préféré prendre mon assiette et je suis allé manger dehors, à l'ombre. Le bar est supposé rouvrir ce soir mais si c'est pour supporter la même ambiance, ce sera sans moins. Je ne m'attends pas à ce que tout le monde fasse la fête, non. Mais le malaise qui s'installe est plus profond que les décès de ces derniers jours. Il y a de la peur et il y a de la méfiance. 
J'ai passé le reste de la journée avec le docteur Denoy, pour l'aider. L'infirmière Gueydan s'est faîte porter pâle. L'infirmerie est vide, alors nous nous sommes contentés de ranger et de nettoyer. Il y avait encore quelques traces de sang sur le sol. Le sang de Mélanie. Je ne connais pas les origines de ce fameux test de psychiatre, le test de Rorschach. Je me trompe sûrement mais je me demande si ça n'a pas commencé par des taches de sang plutôt que par des tâches d'encre. Fixez une tâche de sang suffisamment longtemps et vous pourrez y voir tout ce que vous voudrez. Agenouillé, l'éponge à la main, j'ai fixé la plus grosse des tâches et j'y ai vu une tumeur. Un de mes oncles est mort d'une tumeur cérébrale il y a trois ans et la forme que j'ai vu sur le sol de l'infirmerie m'a fait penser à cette petite tâche sombre que j'ai observé sur les scanners à l'hôpital, quelques semaines avant le décès. 
Quand nous avons terminé le travail, Denoy m'a offert un verre de cognac. Réserve personnelle. Auto-médication. Puis nous avons discuté d'Orlando. Denoy l'a appelée par son prénom, Audrey. Il la connaissait mieux que quiconque. Elle lui a fait part de son désir de quitter le camp, avant même la fusillade. Elle était au courant pour le surnom dont je l'affublais Tissier et elle : les Enchaînés. ça ne l'a pas vraiment vexée, mais ça lui a fait prendre conscience qu'il y avait de la vérité là-dedans. C'est pour ça qu'elle voulait partir. Laisser Tissier pourrir dans son trou et fuir le plus loin possible. Vers le sud et vers la mer.

Vers le sud et vers la mer.

L'idée de vivre dans un camp, protégé par l'armée, m'a séduite, pendant un temps. Je crois toujours que je peux faire ma part pour aider la communauté.
Mais l'envie de partir, de reprendre la route, est revenue. Plus forte que jamais. 

Vers le sud et vers la mer.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #28 - ROCKY III, L'OEIL DU TIGRE

Réalisé par Sylvester Stallone - Sortie US le 28 mai 1982.
Scénario : Sylvester Stallone.
Musique : Bill Conti.
Directeur de la photographie : Bill Buttler.
Avec Sylvester Stallone (Rocky Balboa), Talia Shire (Adrian Balboa), Mr. T (James "Clubber" Lang), Carl Weathers (Apollo Creed), Burt Young (Paulie), Burgess Meredith (Mickey), ...
Durée : 99 mn.

Champion incontesté depuis maintenant trois ans, Rocky Balboa est devenu le héros de toute une ville, Philadelphie qui fait ériger une statue à son image. C'est le moment que choisi James "Clubber" Lang, jeune boxeur agressif et puissant, pour venir le défier publiquement ...



1982, année faste pour Sylvester Stallone. ROCKY III a beau sortir sur les écrans quelques mois seulement avant RAMBO, il affiche des ambitions plus proches de la tournure que la carrière de l'acteur/réalisateur n'allait pas tarder à prendre. Après une séquelle pas vraiment déplaisante mais qui, à court d'idées, se contentait de "refaire" le match, offrant finalement à Rocky une victoire incontestable sur son adversaire Apollo Creed, la franchise prend un nouveau départ.
Seul aux commandes, Stallone transforme son "conte" sportif en pur film d'action. Et Rocky d'achever sa mutation pour devenir un pur héros mythologique. Tout y est. La mort du mentor, la défaite du héros, l'alliance avec l'ancien adversaire. Comme un écho à l'ultra-populaire STAR WARS, "l'œil du tigre", qualité intangible à la limite du mystique que doit reconquérir Rocky, fait référence à la Force qui alimente le pouvoir des fameux chevaliers Jedi. Quant aux fanfares triomphantes de Bill Conti, elles unissent leurs forces avec l'addictif hit rock FM scandé par le groupe Survivor, The Eye of The Tiger, symbole d'une époque à lui tout seul. 
Le réalisme social qui irriguait les deux précédents films, hérité de la décennie précédente, est toujours présent mais reste considérablement en retrait. ROCKY III délaisse les 70's et embrasse les 80's de toutes ses forces. Riche et matériellement comblé, incarnation parfaire de la réussite à l'américaine, Rocky Balboa ne se bat plus pour s'extirper de sa condition d'outsider pauvre. Il se bat pour prouver que sa réussite n'a pas été usurpée. Il se bat pour son image. Cette idée, Stallone l'a fait passer par une remise en question profonde de son alter-ego. Aveuglé par la gloire, Rocky a été faible. Il s'est laissé aller, oubliant ses origines et la valeur d'un dur labeur. "Méchant" charismatique et physiquement impressionnant, Clubber Lang (Mr. T, la révélation du film, et dont le regard de tueur est encore loin de la gentille brute de L'AGENCE TOUS RISQUES) est un miroir tendu à Balboa. De ce qu'il a été, des rêves qu'il a caressé et de la rage de vaincre qui a été la sienne. Or, pour vaincre Lang, Balboa se doit de laisser l'homme faillible attiré par une gloire facile qu'il est malheureusement devenu pour devenir la légende que tout le monde voit en lui, que les médias vantent tant. Le simple mortel doit se faire titan. Pour preuve, la stratégie du combat final consiste à encaisser des coups d'une puissance surréaliste pour épuiser Clubber Lang, Balboa cherchant ainsi à faire étalage d'une force et d'une endurance nouvelle et hautement fantaisiste.



Sans génie particulier mais avec une efficacité éprouvée, la mise en scène de Stallone ne cherche pas à offrir autre chose qu'un spectacle certes incroyablement naïf mais indéniablement galvanisant. Montage rythmé par les pluies de coups délivrées par les deux combattants, personnages bigger than life aux sentiments exacerbés, ROCKY III ne fait pas dans la dentelle et reste à ce jour une étape essentielle dans la carrière de Sylvester Stallone, point de départ de presque dix ans d'excès sur grand écran en tous genres (OVER THE TOP, COBRA, RAMBO II & III mais aussi ROCKY IV sont autant de descendants sous stéroïdes de cet OEIL DU TIGRE). Que l'on aime ou pas, quiconque cherchant à comprendre le "mythe" Stallone se doit de visionner ROCKY III, véritable instantané de l'état d'esprit et des ambitions de la star au début de la période Reagan.

lundi 25 avril 2011

LE SURVIVANT - 25 avril 2014

La tristesse, la colère, la frustration peuvent maintenant se lire sur tous les visages. A mes yeux, cela ne fait que confirmer ce que je savais déjà, ce dont j'ai déjà parlé. Cette enceinte ne nous protègera pas éternellement de la mort. Nous n'avons pas besoin des zombies pour mourir et pour souffrir. Bien avant qu'ils ne fassent leur apparition, nous avons toujours su faire preuve d'un grand savoir faire en la matière. Même si les dernières horreurs que nous avons vécu ont été commises de la main de Charles Louis Tissier, meurtrier psychopathe, pédophile, je n'oublie pas que c'est l'un des nôtres, un soldat chargé de notre protection qui l'a laissé sortir de sa cage. 
Le soldat Tomasi a laissé une lettre avec ses affaires, offrant une explication à ses actes. Tomasi était celui qui avait pris l'habitude de relever le lieutenant Orlando pour les brefs moments où elle devait se rendre aux toilettes ou lorsque qu'elle prenait une heure ou deux pour aller dormir (jamais plus). C'est pendant ces périodes que Tomasi et Tissier parlaient. C'est à partir de là que Tissier est entré dans la tête de Tomasi, ensemençant l'esprit influençable du jeune soldat d'idées aussi farfelues que dangereuses. Dans sa lettre, Tomasi parle de Tissier comme d'un prophète, l'homme qui lui aurait révélé la vraie nature du fléau qui ramène les morts à la vie. Cette "bonne parole", c'est pour que Tissier puisse la répandre dans tout le camp que Tomasi l'a libéré. Et quand on voit où ça l'a mené. Où ça nous a tous mené.
Selon moi, ce que Tissier voulait, c'était humilier le lieutenant Orlando une dernière fois, peut-être même la pousser au suicide. Et il a presque réussi. Orlando a quitté le camp et qui nous dit qu'elle n'est pas déjà morte, en se collant une balle dans la tête ou en se laissant dévorer par des zombies ? J'ai vu des gens faire ça, à Paris. Se laisser dévorer.
Les actes de Tomasi me font croire qu'il n'est ni le premier, ni le dernier à péter un câble dans ce camp. Je regarde tous ces visages et je me demande qui sera le prochain et quels dégâts il ou elle causera. Bordel ! Je me regarde dans une glace et je me demande si ce ne sera pas moi. J'ai une cette vision horrible où je passais de chambre en chambre en pleine nuit, poignardant tous le monde, sans faire de bruit. Levant puis abaissant le couteau. Levant puis abaissant le couteau. Encore et encore. Il m'a fallu des trésors de concentration pour la chasser de mon esprit. 

Carole n'a presque rien dit depuis hier. Elle se contente d'enchaîner clope sur clope. Si elle continue comme ça, il ne lui faudra pas longtemps pour être forcée de décrocher la cigarette. Il ne reste plus que 16 cartouches dans la réserve et ça diminue à vitesse grand V. Nous avons sauté le déjeuner tous les deux et nous sommes allés sur les tombes de nos amis. Nous nous sommes assis par terre et je l'ai prise dans mes bras. Parce que j'en avais besoin et elle aussi. Nous sommes restés comme ça longtemps. 

Les messes basses blâmant le capitaine Thibault pour ne pas avoir tiré une balle dans la nuque de Tissier dès le moment où celui-ci est entré dans le camp se poursuivent et prennent de l'ampleur. Le sergent-chef Verney, Christine mais aussi Frédéric sont les plus virulents. Le capitaine Thibault, lui, préfèrent les ignorer. Viendra le moment où il ne pourra plus faire semblant de ne pas entendre les critiques. 

J'ai croisé le docteur Denoy en allant changer mon pansement. Il pleurait. Je crois qu'il aimait vraiment le lieutenant Orlando et qu'il est mort de trouille à son sujet.

Je suis monté sur le chemin de ronde. J'ai vu un zombie qui n'avait même plus de mâchoire. Il faisait un bruit différent des gémissement de ses congénères. Avec un peu d'imagination, on aurait pu croire que lui aussi pleurait.