lundi 25 avril 2011

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #27 - POLTERGEIST

Réalisé par Tobe Hooper - Sortie US le 4 juin 1982.
Scénario : Steven Spielberg & Michael Grais & Mark Victor, d'après une histoire de Steven Spielberg.
Musique : Jerry Goldsmith.
Directeur de la photographie : Matthew F. Leonetti.
Avec Craig T. Nelson (Stuart Freeling), Jobeth Williams (Diane Freeling), Beatrice Straight (Dr. Lesh), Dominique Dunne (Dana Freeling), Oliver Robbins (Robbie Freeling), Heather O'Rourke (Carol Anne Freeling), Zelda Rubinstein (Tangina), ...
Durée : 114 mn.

Une famille vivant dans une banlieue résidentielle paisible est confrontée à d'étranges phénomènes qui se produisent dans plusieurs pièces de leur maison. La situation prend une tournure dramatique lorsque Carol Anne, leur plus jeune fille, est enlevée par une force inconnue en pleine nuit, durant un orage à la violence surnaturelle, et que la voix de l'enfant appelant à l'aide se fait entendre depuis un écran de télévision.


Gros succès en salle ayant généré deux séquelles décevantes et une série TV sans grand intérêt et sans liens réels avec le film, mais également transposition dans un cadre moderne du film de maison hantée classique (un pavillon dans une banlieue ensoleillée remplace la traditionnelle demeure gothique), POLTERGEIST est une drôle d'œuvre bicéphale, une moitié portant la signature de Steven Spielberg (producteur, scénariste mais aussi probablement co-réalisateur) et l'autre celle de Tobe Hooper, réalisateur de l'ultra-culte TEXAS CHAINSAW MASSACRE. 
Deux fortes personnalités donc, aux univers parfaitement identifiables et, à priori, incompatibles. Et à l'écran, il est amusant de pouvoir attribuer telle ou telle séquence à chacun des deux cinéastes. Pour autant, l'équilibre du film n'est jamais menacé par ces grands écarts réguliers entre un fantastique poétique et spectaculaire (signé Steven) et une horreur rentre dans-le-lard et volontiers malsaine à grand coups de cadavres suintants, de boue, de chairs arrachées à vif et de placards se transformant en bouche de l'enfer (merci Tobe !). Le scénario justifie même cette apparente schizophrénie par l'existence de deux types de spectres : les âmes de défunts cherchant à signaler leur présence se différenciant dans leurs apparitions de la force qui les contrôle, qui transforme leur haine en colère pour s'en nourrir, la "Bête". Formellement parlant donc, la cohésion de POLTERGEIST est miraculeuse, offrant à voir un film de fantômes particulièrement généreux. Le casting ne fait pas beaucoup d'étincelles mais le score dantesque de Jerry Goldsmith (entre thèmes aériens et moments de terreur tonitruants) et les effets spéciaux très réussis assurent le spectacle.
Sur le fond en revanche, Tobe Hooper, pas nécessairement un grand croyant en la bonté de l'espèce humaine, s'amuse à détourner un sujet spielbergien en diable (banlieue résidentielle américaine joyeuse, cellule familiale en crise, fantastique s'inscrivant dans le quotidien, etc ...) pour un faire quelque chose de nettement plus politique. En choisissant d'ouvrir son film sur l'hymne américain à plein volume mais que personne n'écoute, et qui, lorsqu'il s'achève enfin, semble être le signal qu'attendait les morts pour entrer en scène, on se demande d'abord où le cinéaste veut en venir. L'explication ne tarde pas. Hooper brocarde avec un grand sourire les valeurs dangereuses d'une Amérique entrée de plein pot dans l'ère du matérialisme reaganien. La télévision est transformée en portail par lequel les forces du mal s'introduisent dans un foyer et kidnappent les enfants, les jouets se transforment en objets meurtriers et les promoteurs sans scrupules profanent des sépultures pour construire des logements à destination d'ouvrier cherchant à fuir les villes. En retournant leur mode de vie contre des vivants qu'ils considèrent comme des intrus, des usurpateurs, les morts s'acharnent à reprendre possession de leur territoire. Le final, apocalyptique, durant lequel la maison des héros est broyée, concassée, et avalée par une lumière spectrale, et alors que les cercueils remontent à la surface tels des missiles, sonnent comme une victoire sans équivoque pour les fantômes. La famille Freeling, chassée de son domicile, terrifiée, n'a plus qu'à fuir la queue entre les jambes pour aller s'entasser dans la chambre anonyme d'un Holliday Inn, laissant sur le pallier, dans un dernier réflexe hilarant, un poste de télévision désormais clairement identifié comme un objet dangereux. Plus proche des fantômes que des vivants lorsqu'il s'agit de choisir son camp, Tobe Hooper se permet de mettre un grand coup de pied au cul de ces classes moyennes américaines arrogantes, satisfaites de leur réussite matérielle et de leur bonne morale.

 
Première grande production Spielberg, POLTERGEIST est un film fantastique atypique, moins grand public que sa réputation de film familial ne le suggère, oscillant entre ironie, terreur authentique et grand spectacle.

LE SURVIVANT - 24 avril 2014

Quatre personnes nous ont quitté aujourd'hui.

Charles Louis Tissier a tenté de s'évader aux premières lueurs de l'aube. Il est impossible de savoir exactement pourquoi mais il semblerait que le soldat qui était chargé de le surveiller, le 2ème classe Tomasi, ait ouvert la cellule du meurtrier et l'aurait ensuite libéré. La clé de la cellule a été retrouvé dans la serrure, ce qui indique qu'elle a été ouverte de l'extérieur, volontairement. En guise de remerciement, Tissier a abattu le soldat d'une balle en plein cœur. Ce premier coup de feu a suffi à réveiller tout le camp. Dans la confusion, nous sommes presque tous sortis de nos chambres, nous habillant à la va vite. C'est là que le deuxième coup de feu a retentit. 
Roman et Mélanie étaient encore à l'extérieur après la soirée au bar, profitant sans doute d'un moment de fraîcheur et d'intimité à l'ombre du bâtiment D. Tissier a croisé leur chemin. Il a tué Roman, tirant en visant la gorge. Puis il s'est emparé de Mélanie, la retenant en otage. Nous avons entendu les hurlements de Mélanie. Tissier n'a rien tenté pour la faire taire et ils les a même probablement encouragé. Il voulait un public. Il voulait attirer le maximum de personnes à l'extérieur des bâtiments. C'est l'attention des soldats qu'il a eu en premier. Ils l'ont mis en joue, lui ont demandé de jeter son arme. Mais pas assez vite. Ceux qui sont arrivés avant moi ont vu et m'ont tout raconté. Avec un sourire hideux et satisfait sur son visage de taré, il a exécuté Mélanie d'une balle dans le ventre. Puis, il a levé les bras en l'air, jetant son arme à bonne distance, faisant mine de se rendre. D'autres coups de feu, loin d'être les derniers, ont suivis. Trois soldats ont tirés, je crois, et ont tués Tissier sans autres formes de procès. 
Tout ce que moi j'ai vu, c'est le corps criblés de balles de Tissier sur le sol, dans une mare de sang. J'ai vu aussi des visages incrédules, fatigués, paralysés par le choc. Moi-même, il m'a fallu plusieurs minutes avant de croire à ce que je voyais, de comprendre. J'ai vu le lieutenant Orlando arriver sur les lieux du massacre et tomber à genoux, baissant la tête.
Mélanie était alors encore vivante, pleurant de douleur, se vidant de son sang. Elle a été emmenée à l'infirmerie. Elle y est morte trente minutes plus tard. Le docteur Denoy n'a rien pu faire. 
Il a ensuite fallu s'occuper des corps, empêcher la transformation. Le capitaine Thibault n'a pas perdu une seconde. Il s'est assuré de la mort de Roman, a dégainé le révolver qu'il tient en permanence à sa ceinture et a tiré une balle dans la tête du cadavre. Le deuxième sur sa liste a été Tissier. Une autre balle dans la tête. Mélanie a été laissée sous la responsabilité du docteur qui, lui, n'a pas utilisé d'armes à feu mais un clou et un marteau. Le soldat Tomasi a été retrouvé en dernier. Certains m'ont dit qu'il était déjà revenu à la vie, d'autres que non. Je n'ai pas été témoin de ça non plus. J'ai juste entendu la détonation. Encore une.

Trois tombes ont été creusées. Les corps de Roman, de Mélanie et du soldat Tomasi ont été enveloppés dans des sacs mortuaires. Le corps de Tissier a été brûlé derrière le bâtiment C selon les souhaits d'Orlando. Elle s'en est chargée toute seule. Thibault y a assisté. Nous, nous avons pu voir la fumée qui s'élevait dans le ciel. Une discussion animée a eu lieu entre le sergent-chef et le capitaine à ce sujet. Verney a insisté fermement pour que la dépouille de Tissier soit jetée à l'extérieur. Thibault a refusé sans compromis, laissant la décision à Orlando. "Si vous n'aviez pas tous les deux insisté pour garder Tissier en vie, au chaud et aux frais de la princesse, rien de tout ça ne serait arrivé ! Vos décisions ne valent pas un pet !" Verney l'a hurlé assez fort pour que d'autres l'entendent. Verney n'a peut-être pas tort, mais ce n'est pas le bon moment pour ça, pour lancer des polémiques. Nous devons rester unis. Mais, toute la journée, j'ai entendu des murmures, des discussions à voix basse qui désapprouvent le capitaine Thibault et Orlando. Christine, cette conne, m'a même reproché d'avoir laissé tomber mon idée de faire expulser Tissier du camp. Qu'elle aille se faire foutre ! Je n'ai rien à me reprocher.

Après l'enterrement en fin de journée, le lieutenant Orlando a tenu à faire ses adieux à tous le monde. Elle a demandé à quitter le camp et à reprendre la route. Elle se sent coupable de ce qui est arrivé. "Je sais ce que certains pensent de moi." a t-elle dit. Personne n'a essayé de la retenir. Pas même le docteur Denoy.
Elle est partie à la tombée de la nuit, un sac à dos rempli de provisions et une arme à la main. Les tireurs lui ont dégagé un chemin, puis elle a disparu. 

Quatre personnes nous ont quitté aujourd'hui. Et il ne reste plus que des cendres du monstre qui vivait parmi nous. 




samedi 23 avril 2011

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #26 - E.T., L'EXTRA-TERRESTRE

Réalisé par Steven Spielberg - Sortie US le 11 juin 1982 - Titre original : E.T., The Extra-Terrestrial.
Scénario : Melissa Mathison.
Musique : John Williams
Directeur de la photographie : Allen Daviau.
Avec Dee Wallace (Mary), Henry Thomas (Elliott), Peter Coyote ("Keys"), Robert McNaughton (Michael), Drew Barrymore (Gertie), ...
Durée : 115 mn.
Dans une banlieue résidentielle, Elliott, un garçon comme les autres, recueille un extra-terrestre malencontreusement abandonné par les siens au cours d'une mission d'exploration. Une amitié fusionnelle va se développer entre eux tandis que des silhouettes inquisitrices rôdent de plus en plus fréquemment autour de la maison d'Elliott, ...


Succès phénoménal et foudroyant, E.T. L'EXTRA-TERRESTRE installa le wonderboy Steven Spielberg en tête des réalisateurs les plus respectés et les plus influents d'Hollywood et ce, de manière permanente (son unique rival James Cameron a beau le battre en chiffres purs, il est bien loin d'avoir une filmographie aussi imposante, que ce soit en tant que metter en scène ou producteur). Avec ce conte de science-fiction, personnel et intimiste, sans aucune star à l'affiche, Steven Spielberg fit plus que confirmer ses aptitudes de conteur surdoué. Il livra un message dont la force et la simplicité (et non le simplisme) furent à même de toucher les spectateurs du monde entier, franchissant les barrières de langue et de culture.
Avec RENCONTRES DU TROISIEME TYPE et ARRÊTES-MOI SI TU PEUX, E.T. L'EXTRA-TERRESTRE est le film où Spielberg se livre le plus, nourrissant l'histoire de son propre vécu. Marqué en profondeur par le divorce de ses parents, le cinéaste y parle de son traumatisme de jeunesse à travers le regard d'un enfant ordinaire dont il épouse le point de vue rêveur et optimiste. Un peu comme les dessins animés mettant en scène TOM & JERRY, Spielberg se refuse, pendant la quasi totalité du métrage, à filmer les adultes dans leur totalité, les cadrant volontairement à la taille. Et si la mère d'Elliott n'a pas droit au même traitement que les autres adultes, le réalisateur insiste par notes subtiles sur le comportement infantile de cette dernière. Lors de la dernière demi-heure, alors que les enjeux et les émotions montent de plusieurs crans, Spielberg, même s'il nous montre enfin leurs visages, met en scène les adultes comme autant de menaces et d'êtres froids. En combinaison ou en costards cravates, ce sont des fonctionnaires dangereux car inaptes aux rêves et à la compassion, allant même jusqu'à menacer des enfants avec des armes à feu.
Par la force de sa mise en scène, Steven Spielberg força le public à aborder son histoire avec le point de vue et la capacité émotionnelle d'un enfant. L'émotion et l'instinct ne priment pas sur la réflexion mais la débarrasse du superflu tel que le cynisme ou la méfiance. Sauveur malgré lui, prophète apeuré doué du don de guérison, E.T., l'alien au physique improbable de troll difforme aux grands yeux, ne doit pas seulement sa crédibilité aux effets spéciaux qui l'animent mais aussi, et surtout, aux regards chargés d'émotions des enfants qui l'entourent. Ce message qu'il n'a pas besoin d'exprimer par des mots mais seulement par des gestes s'inscrit dans le cœur, la chair et l'esprit des jeunes générations et se transmet ainsi aux parents comme aux spectateurs.


Casting en état de grâce, environnement ultra-réaliste sublimé par des éclairages aux contrastes magnifiques, cadrages iconiques copiés et parodiés à l'infini et montage rythmé par les compositions virtuoses de John Williams (le dernier quart d'heure fut même remonté pour correspondre de plus près aux notes jouées par l'orchestre). E.T., L'EXTRA-TERRESTRE fait partie de ces quelques films pouvant être qualifiés de "parfaits". C'est une question d'équilibre, de dosage, mais aussi d'un certain "je ne sais quoi". La preuve, en tentant de le modifier à coup de retouches numériques maladroites pour son vingtième anniversaire, Spielberg rencontra l'animosité immédiate des cinéphiles et s'engagea aussitôt à ne pas faire disparaître la version originale sortie en salles en 1982. On l'a échappé belle !

LE SURVIVANT - 23 avril 2014

Je ne suis pas complètement ivre, mais c'est pas loin. Et je ne suis pas le seul. J'ai vu Alexis retourner dans sa chambre en titubant comme s'il était sur le pont d'un bateau en pleine tempête. Et la dernière fois que j'ai vu Carole, elle vomissait tout ce qu'elle savait en s'appuyant contre le blindé et avec Jamila qui lui tenait les cheveux en l'air. Beaucoup d'entre nous ont plus ou moins perdu l'habitude de boire et de faire la fête. Mais ça va vite nous revenir. Boire, pas faire la fête.
L'ouverture du bar des deux Christophe a été un joli succès. Le capitaine Thibault a porté un toast qui nous a tous fait chaud au cœur. Se relevant par groupe de trois ou quatre, tous les soldats sont venus boire un verre (et juste un verre). Stef et Anne-So se sont transformées en serveuses pour l'occasion et le lieutenant Orlando - clou de la soirée - s'est enfin autorisé un break pour trinquer au bar, laissant le soin au soldat Tomasi de monter la garde devant la cellule de Tissier. Il aura suffi d'un seul verre de téquila pour redonner un peu de couleur à ses joues pâles et creusées par la fatigue. 
En aidant à l'inventaire, j'avais remarqué une belle bouteille de rhum de Bélize. Après trois verres, je dois bien avouer que tous les espoirs que j'avais placé en elle ne le furent pas en vain.

Cette soirée a été le point d'orgue idéal à une journée que je qualifierai de foutrement satisfaisante ! 
Vous savez quoi ? Je ne suis pas un si mauvais tireur que ça. Je manquais simplement d'entraînement et de conseils. J'ai passé la plus grande partie de la journée sur le champ de tir, avec Jonathan, Roman et Mélanie. Notre formation est la responsabilité du caporal Larivière, un grand gaillard auquel il manque la moitié de l'oreille droite. Après avoir passé deux heures à démonter, à remonter et à apprendre tout ce qu"il y a à savoir sur les armes à feu, nous sommes passés à la pratique. A cause de mon épaule encore fragile, je suis le seul à ne pas voir tiré au fusil. Je me suis contenté d'une arme de poing, un Beretta 9 mm. Le plus important, m'a appris le caporal, c'est la respiration. En suivant son conseil, je me suis découvert des capacités de tireur que je ne me connaissais pas. Je n'ai pas mis au centre de la cible à tous les coups, mais les résultats sont encourageants. La dernière partie de l'entraînement a consisté à un exercice en situation réelle, sur cible mouvante. Autrement dit, sur des zombies. Avec l'appui de quatre tireurs et dans un périmètre dégagé, nous avons mis en pratique les leçons du caporal Larivière à l'extérieur. J'ai abattu quatre zombies avec un seul chargeur. Roman a remporté le jackpot avec un taux de réussite à 100 %. Nos chargeurs terminés nous sommes rentrés aux camps sans tarder. 

Je pense qu'à l'heure qu'il est, le bar doit être fermé. 

J'ai vu le docteur Denoy et le lieutenant Orlando en pleine discussion. Je jurerais avoir vu sourire la policère.

J'ai vu Verney tout seul dans son coin, rejetant la compagnie de l'infirmière Gueydan.

Dehors, sur le chemin de ronde, j'ai vu une paire de soldats perchés sur le parapet et lancés dans un concours pour savoir qui pisserait le plus loin. A moins qu'ils ne visaient des zombies ?

J'ai vu le petit Mohamed, assis dans le couloir des dortoirs, le regard perdu dans le vide. Je lui ai demandé pourquoi il n'était pas couché, mais il s'est efforcé de m'ignorer. 

Je pose ma plus belle plume maintenant ... et je vais fermer les yeux, même si j'ai la tête qui tourne.



LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #25 - THE THING

Réalisé par John Carpenter - Sortie US le 25 juin 1982.
Scénario : Bill Lancaster, d'après la nouvelle "Who Goes There ?"de John W. Campbell Jr.
Musique : Ennio Morricone.
Directeur de la photographie : Dean Cundey.
Avec Kurt Russell (R.J. MacReady), Wilford Brimley (Dr. Blair), T.K. Carter (Nauls), David Clennon (Palmer), Keith David (Childs), Richard Dysart (Dr. Copper), Charles Hallahan (Vance Norris), ...
Durée : 109 mn.

En plein milieu des étendues glacées de l'Antarctique, un groupe de scientifiques américains est confrontés à un organisme extra-terrestre extrêmement agressif qui assimile puis reproduit à l'identique les formes de vies qui l'entourent. Peu à peu, la paranoïa s'installe, ...


 

La perle noire de John Carpenter. Film d'horreur et de science-fiction au pessimisme incroyable, sérieux comme une feuille d'impôt, terrifiant et annonciateur d'une apocalypse inévitable, THE THING est un film sans le moindre compromis.   
Surfant sur le succès des indépendants HALLOWEEN et NEW YORK 1997, John Carpenter signa, avec THE THING, son premier film de studio. Dans la liberté la plus totale. Au box-office, face au message de paix et de tolérance porté par le E.T. de Steven Spielberg, il fut un échec total, ne gagnant ses galons de film culte qu'au fil des ans et des visionnages. Et il faut bien dire qu'en dehors de ses effets spéciaux de maquillage spectaculaires et novateurs (grâce à ce fou génial qu'est Rob Bottin), THE THING est film très très éloigné des modes de son époque. Rejetant le principe d'une ouverture pétaradante ou frénétique (passage presque obligé pour tous blockbuster fantastique qui se respecte depuis les prologues mémorables LES DENTS DE LA MER, STAR WARS et LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE), d'un quelconque second degrés (en tout et pour tout, le film contient ne que deux répliques susceptibles d'arracher un sourire au spectateur) ou même d'un seul élément pouvant rendre le long-métrage séduisant ou calibré pour tel ou tel public (pas de jeunisme effréné, pas de personnages féminins, pas de thème musical à fredonner à la sortie de la salle), John Carpenter joue à fond la carte de l'austérité et de la crédibilité.
La mise en place de l'intrigue, redoutable, prend le temps qu'il faut. Aucun héros infaillible ne se distingue au sein du groupe. Des hommes ordinaires confrontés à une situation extraordinaire. Pour sa troisième participation avec John Carpenter, Kurt Russell compose un personnage de solitaire fatigué et désabusé, ne prenant les commandes qu'avec réticence, parce que les circonstances l'y ont forcé. Face au jeu tout en nuances et en colère rentrée de Kurt Russell, le charisme viril et le regard hypnotisant de Keith David (éternel second rôle hollywoodien alors qu'il aurait mérité bien plus souvent une place tout en haut de l'affiche) font merveille et explosent dans un dernier acte riches en confrontations; éprouvant pour les nerfs.
Le principe de la créature (n'importe qui peut abriter "la chose") est d'une simplicité et d'une efficacité absolue. La paranoïa la plus totale, renforcée par une multitude de fausses pistes disséminées avec sadisme, instille une peur bien réelle. Quant aux séquences de transformation, tableaux cauchemardesques où les chairs maltraitées prennent les formes les plus improbables, elles constituent autant de chocs pour le spectateur dont il est plus que difficile de sortir indemne. Citons comme exemple ce torse qui s'ouvrent pour révéler une mâchoire béante et baveuse en plein massage cardiaque. Effet garanti !


 Presque trente après et alors qu'un préquel saugrenu pointe le bout de son nez, THE THING ne vieillit toujours pas et ne vieillira sans doute jamais. Parce que peu de films fantastiques américains partagent un tel jusqu'au boutisme, une telle foi dans les mécanismes de la peur. Parce que John Carpenter a compris plus que n'importe quel autre que, pour plonger le public dans un effroi à la limite du supportable, il n'est pas nécessaire de lui sauter dessus un couteau à la main. Non. Il suffit de le prendre doucement à la gorge, puis de se mettre à serrer, petit à petit, de plus en plus fort. Sans jamais relâcher son étreinte. Ceux qui ont retenu la leçon ne sont pas légion .... 

vendredi 22 avril 2011

LE SURVIVANT - 22 avril 2014

J'ai de l'avance sur mon calendrier. Ce matin, l'infirmière Gueydan m'a retiré mon écharpe, puis elle m'a changé les bandages et les pansements. Je me sens comme neuf, ou presque. Avec une belle cicatrice. Blessure de guerre. L'épaule et le bras me font encore un peu mal, mais c'est supportable. Je vais VRAIMENT pouvoir me rendre utile maintenant.
L'entraînement au tir commence demain. Aujourd'hui, on peut dire que j'ai profité de mon dernier jour de "vacances". 

Partout dans le camp, la cohabitation, la vie en communauté au long terme, s'organise.Même si les militaires et les civils continuent de vivre séparés. Le mélange n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais cette barrière finira par tomber, j'en suis certain. Et plus tôt que prévu.

L'aménagement du bâtiment D est presque terminé. Les derniers panneaux solaires sont en place. Nous avons Mr Morrison a remercier pour ça. Peu importe son français approximatif, l'homme a abattu un sacré boulot. Le générateur est parfaitement opérationnel. Il y a aura toujours des coupures d'électricité, comme il nous l'a précisé, mais elles seront moins nombreuses et moins longues. 
Tous les lits restants ont été installés et le nouveau dortoir est prêt à recevoir les treize soldats (qui dormaient un peu partout) dans de bonnes conditions. Thibault et Verney, eux, continueront d'occuper l'état-major. 
La bibliothèque a beau être artisanale, Frédéric la considère comme "temporairement" achevée. Son projet d'enclos à bétail, en collaboration avec Babacar sera terminé dans deux jours. Un espace dans les réserves a été aménagé pour le fourage, la nourriture des bestiaux, etc ...
C'est un tout autre projet qui concentre l'attention du camp pour le moment. Une petite surprise en fait. Les deux Christophe vont ouvrir un bar, oui monsieur. En utilisant ce qui aurait dû être un messe pour officiers, et avec l'accord (que dis-je ? la bénédiction !) du capitaine Thibault, ils ont récupéré toutes les réserves d'alcool pour mettre leur idée sur pied. Un lieu de détente pour tous. Que serait notre beau pays, notre civilisation sans un bar ? Cette idée, dois-je le préciser, est la bienvenue pour tous le monde. Les règles qui entoureront le bar des deux Christophe seront néanmoins très strictes et je n'y trouve rien à redire. Quatre heures d'ouverture par jour, pas une minute de plus. L'alcool sera rationné. Mais la socialisation sera encouragée. Pour ma part, j'entends bien devenir un client régulier. L'ouverture aura lieu demain.
La dernière innovation du bâtiment D concerne l'équipement radio et informatique. Nous allons continuer de lancer des bouteilles à la mer. D'autres camps militaires, d'autres refuges, proches ou éloignés, vont bien finir par nous entendre. Le poste sera tenu 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les réseaux internet et téléphoniques, toutefois, restent silencieux, morts. Toujours aucunes nouvelles de l'extérieur. Verney est celui qui se montre le plus confiant quant à une amélioration. Confiant et impatient même. Il est convaincu que des renforts vont se manifester d'un jour à l'autre et qu'une contre-offensive va se mettre en place. Il continue de rêver d'une nouvelle guerre éclair, victorieuse, glorieuse. Je pense qu'il se trompe. J'ai quitté Paris depuis bientôt un mois. Ce camp a beau être porteur d'espoirs, je ne me leurre pas pour autant. Le monde tel que nous le connaissions n'existe plus. La guerre est terminée et nous l'avons perdu. Nous pouvons continuer à dresser des barrières entre nous et les zombies, nous ne parviendrons pas à ignorer leur présence et ce en raison d'un simple fait : ils sont en surnombre. Je me souviens d'une des dernières nouvelles diffusées à la télévision avant que le black out médiatique ne s'étende, une nouvelle affreuse se distinguant d'un millier d'autres. Un hôpital à Amiens n'avait pas pu être évacué à temps. Les morts-vivants s'étaient répandus dans le bâtiment à une vitesse stupéfiante. A deux ou trois exceptions près, personne n'en avait réchappé. Il y avait une trentaine de nouveaux-nés dans la maternité, abandonnés à leur sort. Vous voyez où je veux en venir ? Un échantillon de nouvelle génération balayé en quelques minutes. C'est un exemple, mais ce n'est pas un cas isolé. ça donne à réfléchir.


Carole s'est définitivement installée avec moi. Nous évitons les longues conversations. Nous ne nous comportons pas non plus comme des lapins ou des bonobos, mais nous profitons de la vie. S'endormir dans les bras l'un de l'autre est une sensation agréable, addictive même. Ce soir, elle m'a fait promettre une chose. Si elle venait à se faire mordre, elle veut que je lui mette une balle dans la tête sans attendre, que je ne la laisse pas aller au bout de la transformation. Parce que, elle, elle ferait la même chose pour moi.

J'ai promis.

LE CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 80 #24 - RAMBO

Réalisé par Ted Kotcheff - Sortie US le 22 octobre 1982 - Titre original : First Blood.
Scénario : Michael Kozoll & William Sackheim, et Sylvester Stallone, d'après le roman "First Blood" de David Morell.
Musique : Jerry Goldsmith.
Directeur de la photographie : Andrew Laszlo.
Avec Sylvester Stallone (John Rambo), Brian Dennehy (Teasle), Richard Crenna (Colonel Sam Trautman), Bill McKinney (Kern), Jack Starrett (Galt), ... 
Durée : 93 mn.






Lorsque l’on considère l’évolution du film d’action américain, RAMBO marque une étape capitale. Adaptation plus ou moins fidèle d’un roman signé David Morrell (moins de violence à l’écran et John Rambo survit à la fin, voilà pour les plus gros changements), le film de Ted Kotcheff, non content d’offrir à Sylvester Stallone un rôle mythique, prend le pari de transformer un sujet difficile, chargé en pathos et en tragédie (la réinsertion des vétérans du Vietnam dans un pays qui ne les aime pas), en un divertissement pétaradant ET intelligent. Par la grâce d’une mise en scène habile et d’un scénario rigoureusement pensé, RAMBO remporte ce pari haut la main.
Si le thème du traumatisme de la guerre du Vietnam irrigue tout le film, il est dilué pour éviter toute lourdeur psychologique. Et, surtout, John Rambo lui-même diffère considérablement de la représentation classique du vétéran. Rambo n’est pas un faible, un homme brisé ou un psychotique qui subit son traumatisme et les critiques sans réagir ou explose sans raison dans des accès de violence. Si son mutisme quasi-permanent et son regard souvent perdu sont les signes que la guerre et ses horreurs ont laissé leur empreinte sur lui (en plus des cicatrices sur son corps musclé de guerrier surentraîné), le personnage campé par Stallone n’a rien à voir avec le Travis Bickle que campait Robert de Niro dans TAXI DRIVER par exemple. Rambo est un héros qui se bat pour sa survie, son honneur et même la justice. Il se bat pour des causes validées par le public. Les maltraitances dont les hommes du shérif Teasle (Brian Dennehy) se rendent coupables à son égard en toute impunité et l’injustice de sa situation (on l’arrête juste pour son aspect, semblable à celui d’un hippie) l’identifient dès le début comme une victime (« Eux ont versé le premier sang, pas moi »). Puis, lorsqu’il refuse de subir plus longtemps ces outrages et s’enfuit spectaculairement (et sans faire de victimes), il devient dès lors un héros face à l’adversité. Un outsider qui va triompher des obstacles, retourner la situation à son avantage (de proie, il devient le chasseur, mais sans chercher à tuer pour autant) et survivre à la guerre que lui ont déclaré les autorités. L’émotion ne ressurgira, in extremis, qu’à la faveur d’un épilogue où le guerrier, après avoir mitraillé avec hargne et mis le feu à cette petite bourgade qui l’a rejeté, fondra en larmes. Saugrenue pour les cyniques, cette séquence s’inscrit pourtant dans une logique imparable. Personnage naïf, Rambo est en un sens un enfant (et le colonel Trautmann est comme un père pour lui) et il est en fait normal qu’il évacue son ressenti par des pleurs, émotion ô combien pure et sincère et qui finit de l’inscrire dans le registre héroïque (au premier degré) qui est le sien.
Stylistiquement parlant, RAMBO s’inscrit dans un classicisme plus que bienvenu. Cadres amples qui magnifient la nature et mettent les prouesses physiques en évidence et un rythme dicté par le montage sec et ponctué par les coups de feu autant que par le score de Jerry Goldsmith. Privilégiant des cuivres nobles pour le thème du héros, il accentue encore un peu plus l’aspect chevaleresque de la démarche du héros. Mais il sait aussi se faire trépidant avec ses boucles rythmiques géniales. 


 En mêlant drame, western, survival et film de guerre, RAMBO est un des manifestes de l’action des 80’s. Viril, héroïque et destructeur. Le guerrier solitaire, autrefois ambigu, peut désormais être aimé de tous et le vétéran du Vietnam n’est plus un perdant mais un héros positif, symbole des épreuves à surmonter pour remporter une victoire méritée et libératrice.